- Qu’est-ce que tu veux ? lui disait l’ange.
- De la vie ? de la passion, du mouvement, des sentiments ; la secousse qui fait trembler l’édifice et me fait voir tout ce que les autres ne voient pas.
- Cela ne se fera pas sans souffrances, le sais-tu bien ?
- La naissance est déjà une souffrance, alors une fois cette épreuve là passée, on doit bien pouvoir continuer dans la lancée. Les autres naissances au cours de l’existence ne doivent pas être pires.
- On oublie la douleur de la naissance, on oublie tellement de choses dans le monde des humains. Le veux-tu vraiment ?
- Oui.
- Le veux-tu vraiment ? J’insiste, en es-tu bien certain ?
- Je veux connaître chaque sensation qu’un humain peut ressentir, je veux que chaque parcelle de ce corps qui sera le mien vive de toutes ses cellules. Je veux que cette expérience soit pleine de connaissances sur ce monde qui m’intrigue. Je veux me fondre dans ce corps avec un amour plus grand que cette souffrance dont tu me parles tout le temps. Je veux crier la beauté et l’amour, chanter les larmes de tous ceux qui partageront comme moi cette existence sur terre, dompter ce flux continue de nos électrons, me confondre, me paralyser momentanément pour mieux sentir ma joie lorsque je pourrai à nouveau redevenir libre le moment venu.
- Ta liberté sera synonyme de frayeur pour les autres, ne l’oublie pas. La liberté fait toujours peur aux humains. Ils inventent des histoires pour la nier et s’emprisonner davantage en se croyant libre de toute croyance. Ils inventent des croyances qu’ils nomment la réalité. Ils prétendent que les croyances viennent de ceux qui pensent qu’une vie existe après ce qu'ils appellent LA vie. Tout est inversé dans ce monde. Es-tu prêt ?
- Je serai enfermé dans un corps comme tous les autres, ma liberté sera mentale avant d’être physique, je ne pourrai oublier cela, je sais déjà que c’est ce qui sera le plus difficile pour moi.
- Alors va, prends soin de toi, garde confiance et tout se passera bien malgré les épreuves. Va maintenant, l’heure est venu, il ne faut plus attendre.
1949, dans un petit village d’Auvergne, une femme crie dans un ultime déchirement. Elle vient de donner le jour à une petite fille en y laissant sa vie. La délivrance, tout un état d’esprit.
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