Pour satisfaire la curiosité, toujours grandissante de Charles Dubruel (et à sa demande) et son intérêt tout particulier pour la vie animale, voici donc pour lui et aussi pour vous, amis des bêtes :
Le coït de la fourmi et de la girafe.
Une fourmi qui se mourait d'amour, dont le cœur battait follement pour une girafe, décida un jour de passer à l'acte. Pourquoi continuer à vivre si
je ne peux m'unir à elle ?! se disait la fourmi cachée derrière un brin d'herbe, aux pieds de sa belle. La vie est parfois mal faite, donner des corps aussi dissemblables à des créatures si
proches par l'esprit et si éloignées l'une de l'autre par la géographie physique. Tout cela n'avait aucun sens, à quoi pouvait donc bien penser le créateur devant de telles inepties !
La fourmi en était là de ses réflexions quand elle se décida à prendre le taureau par les cornes, et à commencer la longue et périlleuse escalade de
l'animal.
Elle s'attaqua à la face interne de la patte postérieure gauche de la superbe bête. Car son but ultime était bien de s'accoupler avec elle ! Les
autres la prenaient pour une folle, mais qu'à cela ne tienne, elle savait bien qu'elle ne pourrait continuer ainsi sans agir et réaliser son rêve, sa vie. Car oui, elle se savait destinée !
c'était écrit ! elle était faite pour cette girafe, mais pourquoi personne ne le voyait-il donc ? C'était une évidence, elle devait s'unir à cette créature, c'était le but suprême de son
existence, sa quête, son Graal, elle en était certaine. Elle devait agir, contre vents et marées, contre l'avis général de la fourmilière, contre tous.
La lente progression s'avéra ardue, périlleuse, plusieurs fois elle failli tomber ! Quelle affreuse fin cela aurait pu être, mais sa foi en la vie
était telle qu'elle continuait, millimètre par millimètre, tant bien que mal, centimètre par centimètre jusqu'à l'entrée de la caverne profonde. Elle était à deux doigts de pénétrer dans l'antre
de ses rêves, quand soudain - allez savoir pourquoi ! - la queue de la belle s'agita - une mouche ou tout autre insecte à chasser sans doute - et balaya la fourmi en la précipitant plus vite que
prévu...
Première fin possible :
... dans un tout autre trou que celui qu'elle avait initialement visé...
Ce fut là la petite mort complète et définitive de la fourmi qui, s'étouffa, sans plus de manière, au milieu des nombreuses déjections et excréments
s'écoulant brusquement du trou du cul de la girafe.
Moralité : Ne jamais déranger une girafe en voulant l'escalader, une heure après son petit déjeuner.
Deuxième fin possible :
...dans la fente poisseuse grande ouverte. O joie ! Elle était enfin arrivée en ce lieu prodigieux où tout naît et tout se transforme. La grande
matrice du monde, et pas n'importe laquelle ! celle de sa belle ! La fourmi se laissa glisser dans la moiteur du lieu, s'imprégnant de cette matière spéciale qu'elle nommait suc de la vie. Elle
se tourna et se retourna au creux de cette antre et se sentie toute bizarre, toute chamboulée de l'intérieur, pendant que son amie s'agitait de son côté prise de curieuses contorsions.
Que se passait-il donc ? Quelles forces magiques internes s'opéraient-elles là ? Qu'avait-elle déclenchée en pénétrant cet endroit ?
Un long tourbillon s'empara d'elle et la projeta à l'extérieur de la girafe pour la déposer doucement sur le confortable tapis d'herbe qui
l'attendait plus bas. Elle venait de naître pour la deuxième fois. Elle venait de naître dans un corps qu'elle connaissait si bien et qui pourtant lui était si différent, si étranger. Elle était
devenu comme sa belle, une girafe - mais un mâle - au long cou tacheté. La mutation avait opérée, les deux girafes s'éloignèrent ensemble pour vivre leur nouvelle vie. Lui derrière et elle,
devant.
Moralité : Ayez confiance en votre petite voix intérieure, tout est possible, même l'impossible.