La France détient le record du nombre de détenus pour crime sexuel parmi les pays du Conseil de l'Europe. L'Allemagne en compte deux fois moins,
l'Italie, six fois moins et le Danemark, cent dix-huit fois moins.
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Nous avons inversé le modèle du XIXème siècle. Jadis l'Etat ne s'occupait pas de nos pulsions. Il se contentait d'élever des digues entre deux mondes, public et privé. Les limites étaient posées
à l'extérieur des individus. Aujourd'hui, on interroge de l'intérieur nos désirs et nos mobiles. Jadis, on traquait les "débauchés ", ceux dont les moeurs sexuelles contrevenaient à la morale,
mais pas les malades qui souffraient de pathologies comme l'exhibitionnisme. Aujourd'hui, c'est le contraire : on tolère les "débauchés " dans les boîtes échangistes par exemple. Et on punit les
malades : être exhibitionniste est ainsi devenu une forme de pollution de l'espace public, mais aussi un signe de dangerosité sociale.
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La façon dont on traite l'exhibitionnisme est révélatrice de l'esprit démagogique qui inspire les réformes votées en France depuis une quinzaine d'années. On suit la croyance populaire, largement
véhiculée par les médias, selon laquelle les criminels sexuels ne peuvent que récidiver et commettre des crimes toujours plus atroces. La fascination pour le viol et le meurtre des enfants
infléchit l'ensemble des infractions sexuelles, fait de tout agresseur sexuel un tueur potentiel.
Passages de propos de Marcela Iacub (juriste et chercheuse au CNRS) recueillis par Weronika Zarachowicz dans un article nommé "Un nouvel ordre sexuel ? " dans le Télérama n° 3045.