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Dimanche 16 septembre 2007
Prologue


    Les yeux rivés sur le fond de la salle commune, Bertille n'est déjà plus tout à fait dans son corps. Une espèce de molosse la maintien fermement sur la table pendant qu'il la besogne à grands coups de reins. Les jambes écartées, les jupes retroussées, le regard porté au loin, elle semble ailleurs. Des filets de bave lui tombent dessus, lui collent à la peau. Elle suffoque sous les coups répétés de ce qui normalement est un homme et n'est plus qu'une bête puante. Entre la transpiration rance et les vapeurs d'alcool soufflé en pleine face, peut-être va-t-elle finir par s'évanouir... Depuis combien de temps est-il là à s'acharner sur elle ? Dehors, des cris, des assauts de fauves ivres de sang, de bière, de femmes et d'enfants. Ils ont gagné la bataille et le font savoir. Pas de répit pour les braves, ni pour les victimes. Peu importe la place, le sang coulera, que ce soit pour donner la vie ou pour la perdre. Une odeur de cochon grillé _ ou est-ce de chair humaine ?_ flotte dans l'air. Des silhouettes se faufilent entre les décombres fumants et quelques maisons restées intactes. La nuit sera longue pour les survivants, plus encore que le jour. Dans la pénombre de la grande salle, cachés à l'abri des regards, deux yeux n'ont rien manqué de l'horrible spectacle. Sous un amoncellement de couvertures, ils ont tout vu. Les larmes, la brillance du regard, tout indique la souffrance, la peur, la perception des bruits si peu étouffés. Nul mouvement ne doit sortir de cet endroit. A peine un souffle, une respiration pour se souvenir de ces minutes, de ces heures à jamais gravées dans la mémoire. Les consignes ont été respectées. Il est impératif qu'elles le soient toujours.


Chapitre 1. Là où tout à commencé.


_ Bougre d'idiot ! Toujours dans mes jambes, hein !? Pas moyen d'avoir la paix... Mais c'est pas vrai ! Pourquoi je me trimballe un mioche pareil ? Même pas fichu d'allumer un feu. Qu'est-ce qu'il t'a appris ton père avant de crever ? Alix, viens ici, que je te montre de quel bois je me chauffe!!!
Un enfant fluet, au crâne rasé, file se cacher derrière un homme sec aux longs cheveux noir filasses. Une large poigne, parsemée de poils brun, cherche à se saisir de lui.
_ Mais laisses le tranquille ce gamin, il a assez trimé pour la journée. Souffle Zed. Bon, ça y est, je l'ai allumé ton feu. Regardes-moi cette belle flambée! Aller, viens, tu nous fatigues là...
_ Ben tiens ! Vas y prends sa défense, te gênes pas surtout, après ça on pourra plus rien en faire de ce morveux. Pour toi c'est facile, ça fait que deux semaines que tu chemines avec nous. Mais moi, je me le coltine depuis six mois !
Guénolé cherche, en vain, à attraper cette anguille d'Alix, qui s'amuse à le narguer derrière le feu de camp ayant brutalement pris de l'ampleur.
_ Et alors, fallait pas le prendre s'il t'embête tant que ça. Si tu veux, moi je veux bien m'en occuper. J'ai jamais eu de gosse. Celui là, il est déjà tout fait. Zed se saisit d'Alix et fait mine de le cajoler pendant que ce dernier se débat. Pas besoin de s'empoisonner l'existence avec une gueuse, ni un braillard ! Tout bénef, le gain de temps, les emmerdes en moins et un marmot de dix ans pour faire tes quatre volontés, franchement je vois pas de quoi tu te plains.
_ Eh, eh ! Et depuis quand il t'intéresse comme ça mon gamin ? Fait Guénolé sur un ton qui se veut doucereux.
_ Je suis un sentimental moi. Je ne suis pas une bête. J'ai un coeur qui bat. J'ai besoin de tendresse. Il est mignon ton petit..., il me servirait bien...
Susurre Zed, la mine gourmande.
Guénolé, un gaillard avec une balafre sur la joue gauche. Des cheveux bruns tirés très en arrière, sur le haut du crâne, en un petit chignon. Les sourcils froncés et broussailleux, s'approche à grands pas de l'autre, trop occupé à caresser l'enfant.
_ Je vois ça d'ici. T'avises pas d'y toucher, c'est moi qui l'ai trouvé le premier et c'est pas pour qu'il atterrisse entre tes sales pattes !
Alix se voit extirpé des bras de Zed, pour s'envoler et atterrir durement de l'autre côté du feu.
_ Quoi, quoi, quoi ! Qu'est-ce que t'insinues là, hein ? Que je ne ferai pas un bon père ? Je suis tout aussi valable que toi ! Dit Zed en se redressant.
Guénolé, les sourcils toujours froncés, le regard noir, gronde d'une voix grave et sans appel devant la mine effrontée qui lui fait face.
_ Tu sais quoi ? Ta valeur, tu vas la déplacer, et pas plus tard que tout de suite ! D'ailleurs, je te conseille de la déplacer vite. Je ne suis pas d'humeur à supporter ta présence une minute de plus. Toi et toutes tes nippes, vous dégagez ! L'air devient irrespirable ici depuis que t'es arrivé. Alix ! Laisses passer Môssieur, il a à faire...
Zed, surnommé la fouine, s'empresse d'obtempérer. Il sait la violence des colères de Guénolé. Comment résister à un géant de deux mètres ? Autant obéir très vite, et revenir plus tard. Quand le calme sera à nouveau présent. Ils ne sont plus à une chamaillerie près, ils se connaissent depuis si longtemps. Ils ont si souvent parcouru les routes ensemble. En général, ils font plutôt bonne équipe, Guénolé se charge toujours d'écarter les importuns, et lui, Zed, il faut bien le reconnaître, Zed attire régulièrement les pires ennuies. Dans l'art d'attirer la foudre, la fouine est un expert. D'où la nécessité d'être accompagné d'un homme suffisamment imposant pour calmer les esprits et surtout, freiner les coups. Où, tout du moins, s'arranger pour qu'ils évitent sa tête, et la moindre parcelle de son corps chétif et adoré...
_ Pourquoi tu m'as jeté comme ça ?! Se lamente Alix, toujours par terre, en se frottant l'épaule. Tu m'as fait mal ! T'es qu'une brute d'abord.
_ T'as raison, la prochaine fois je te laisserai entre les mains de la fouine, et là, tu auras des motifs légitimes pour te plaindre. En attendant, tu es prié de faire cuire le poisson et, pour une fois, penses à le vider, ça changera ...


par Claire Ogie publié dans : Mangeurs de maux. (1) communauté : L'écriture dans tous ses états
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