Lundi 17 septembre 2007
Des bruits de brindilles craquant sous les pas, parviennent à leurs oreilles. Une fine silhouette se dessine dans la pénombre du sous
bois, là où se tenait encore Zed deux minutes plus tôt.
_ Non seulement tu deviens sourd de la feuille, mais en plus l'inconscience et la folie sont toujours ta seconde nature ! S'exclame Guénolé. Je croyais pourtant avoir été clair !
Un petit homme à la démarche mal assurée s'approche du feu.
Guénolé qui tournait le dos au sous bois, fait volte face, prêt à se jeter sur ce trublion de Zed, et s'en débarrasser une bonne fois pour toute. Alix, les yeux écarquillés, s'agite dans tous les sens et fait de grands signes à Guénolé. Il n'a jamais rien vu de tel. Il faut avoué qu'en dehors des mois passés avec ce dernier, il n'a pas eu l'occasion de voir grand chose. Mais là, se présente devant lui un être bizarre. Cet être, cet homme, ressemble à un vieillard par son aspect physique, mais possède un visage de poupin. Il semble s'amuser. Son corps oscille d'un point à un autre, tangue à qui mieux mieux, ce qui, à l'évidence, l'handicape sérieusement pour se déplacer. Mais, l'homme s'avance malgré tout.
_ Puis-je me joindre à vous ? Je partagerai votre repas et prendrai bien un peu de repos en bonne compagnie, si vous m'acceptez... Dit-il d'un air interrogateur.
_ Pardon ?! S'étonne Guénolé devant le nouveau venu. Vous gênez pas l'ami, après tout, nous avions suffisamment de vivres pour trois. Les paupières abaissées, juste une fente en guise d'yeux, Guénolé détaille son visiteur. Vous êtes bien loin des hautes terres, que faites-vous donc par ici ? Finit-il par dire.
_Comme vous le savez sans doute, répond l'autre en s'asseyant le plus près possible du feu, la fraîcheur du début de soirée se faisant sentir, nous autres les mages, nous ne nous déplaçons qu'en cas d'extrême nécessité. Nous sommes toujours liés à plusieurs vies humaines et devons veiller à leur bon déroulement. Mais, bien sûr, vous n'ignorez rien de tout cela. Fait-il en glissant un sourire de connivence vers son interlocuteur.
_ Vous..., vous vous connaissez ? Demande Alix interloqué.
_ Surveilles ton poisson toi, et n'interrompt pas le mage !
_ C'est quoi un mage ? J'en ai jamais entendu parler.
_ Vas-tu donc te taire !
_ Laissez-le s'exprimer. Dit le mage en scrutant le jeune curieux. Un enfant qui pose des questions est toujours prêt à entendre les réponses. Et justement, des réponses, j'en ai plusieurs à donner. Toi, tu es Alix, n'est-ce pas? Alix, quel beau prénom vraiment... Fait-il avec un sourire entendu. Ta mère avait bien suivit nos conseils, oui, c'est une très belle réussite.
_ Comment connaissez-vous mon nom ? Vous avez connu ma mère?
S'exclame Alix, soudain sur la défensive.
_ Pas personnellement. Un autre mage de mes amis. Nous sommes tous liés d'une façon ou d'une autre...
Guénolé, porte son regard en coulisse de l'un à l'autre.
_ Et si nous mangions. Ce poisson me semble à point. Reprend le mage les narines frémissantes. Au fait, je ne me suis pas présenté, je me nomme Goulven, je suis un Mitatoué des hautes terres.
_ Un quoi ? S'empresse Alix, les yeux grands ouverts devant l'inconnu.
_Un Mitatoué. Tu ignores donc qui nous sommes ? La raison du nom que l'on nous donne est très simple. Dit-il en s'installant plus confortablement. Lorsque nous atteignons l'âge de treize ans, pour les garçons et, de douze ans, pour les filles, c'est pour nous l'heure d'entrer dans le monde des adultes. A cette occasion, notre corps se trouve tatoué de noms, comme tu peux le voir sur moi. Il soulève sa large manche de chemise faite d'une épaisse toile de lin écru, tout comme le reste de ses vêtements, et découvre ainsi des inscriptions auxquelles Alix ne comprend rien.
_ Mais pourquoi ? Et puis, tout d'un coup, des souvenirs d'histoires contées par sa grand-mère lui reviennent en mémoire, un afflux de souvenirs perdu au fond de son esprit. Les aventures d'un Mitatoué et de son grand-père, comment sa mère allait rencontrer son père grâce au Mitatoué... Chaque famille de son village avait une histoire différente de Mitatoué. Mais à aucun moment, Alix n'avait supposé que ces êtres existaient vraiment. Ils n'étaient donc pas des légendes, comme l'avait si souvent prétendu son grand frère. Ce n'était pas des contes à dormir debout, ni des fables pour donzelles, non, les Mitatoués étaient réels. Vraiment, comment avoir pu oublier de si fabuleuses histoires...?!
_ Cesses un peu tes questions, et manges, ça va être froid. Répond Guénolé, la mine agacé et les gestes un peu trop rapides.
_ Excellent ce poisson, j'avais vraiment très faim ! S'exclame Goulven, très conscient du trouble qu'il provoque sur les autres.
_ Oui, quand il veut, Alix peut se révéler une vraie petite fée du logis!
Face à la mine renfrognée de l'interpellé, Guénolé s'amuse.
_Une petite fée, oui, c'est une façon de voir... Réplique à son tour le mage avec un fin sourire.
Devant la tournure que prend la discussion, Alix s'écarte d'un air boudeur sous le regard des deux hommes puis, s'allonge sous sa couverture et ferme les yeux tout en pensant aux Mitatoués qui avaient peuplé ses rêves de très jeune enfant.
Que faisait ce Goulven parmi eux ? Il en savait suffisamment sur l'avenir pour être un allié, ou au contraire, se révéler en tant qu'ennemi. Alix en était là de ses pensées jusqu'au moment où, le sommeil pris le dessus.
_ Non seulement tu deviens sourd de la feuille, mais en plus l'inconscience et la folie sont toujours ta seconde nature ! S'exclame Guénolé. Je croyais pourtant avoir été clair !
Un petit homme à la démarche mal assurée s'approche du feu.
Guénolé qui tournait le dos au sous bois, fait volte face, prêt à se jeter sur ce trublion de Zed, et s'en débarrasser une bonne fois pour toute. Alix, les yeux écarquillés, s'agite dans tous les sens et fait de grands signes à Guénolé. Il n'a jamais rien vu de tel. Il faut avoué qu'en dehors des mois passés avec ce dernier, il n'a pas eu l'occasion de voir grand chose. Mais là, se présente devant lui un être bizarre. Cet être, cet homme, ressemble à un vieillard par son aspect physique, mais possède un visage de poupin. Il semble s'amuser. Son corps oscille d'un point à un autre, tangue à qui mieux mieux, ce qui, à l'évidence, l'handicape sérieusement pour se déplacer. Mais, l'homme s'avance malgré tout.
_ Puis-je me joindre à vous ? Je partagerai votre repas et prendrai bien un peu de repos en bonne compagnie, si vous m'acceptez... Dit-il d'un air interrogateur.
_ Pardon ?! S'étonne Guénolé devant le nouveau venu. Vous gênez pas l'ami, après tout, nous avions suffisamment de vivres pour trois. Les paupières abaissées, juste une fente en guise d'yeux, Guénolé détaille son visiteur. Vous êtes bien loin des hautes terres, que faites-vous donc par ici ? Finit-il par dire.
_Comme vous le savez sans doute, répond l'autre en s'asseyant le plus près possible du feu, la fraîcheur du début de soirée se faisant sentir, nous autres les mages, nous ne nous déplaçons qu'en cas d'extrême nécessité. Nous sommes toujours liés à plusieurs vies humaines et devons veiller à leur bon déroulement. Mais, bien sûr, vous n'ignorez rien de tout cela. Fait-il en glissant un sourire de connivence vers son interlocuteur.
_ Vous..., vous vous connaissez ? Demande Alix interloqué.
_ Surveilles ton poisson toi, et n'interrompt pas le mage !
_ C'est quoi un mage ? J'en ai jamais entendu parler.
_ Vas-tu donc te taire !
_ Laissez-le s'exprimer. Dit le mage en scrutant le jeune curieux. Un enfant qui pose des questions est toujours prêt à entendre les réponses. Et justement, des réponses, j'en ai plusieurs à donner. Toi, tu es Alix, n'est-ce pas? Alix, quel beau prénom vraiment... Fait-il avec un sourire entendu. Ta mère avait bien suivit nos conseils, oui, c'est une très belle réussite.
_ Comment connaissez-vous mon nom ? Vous avez connu ma mère?
S'exclame Alix, soudain sur la défensive.
_ Pas personnellement. Un autre mage de mes amis. Nous sommes tous liés d'une façon ou d'une autre...
Guénolé, porte son regard en coulisse de l'un à l'autre.
_ Et si nous mangions. Ce poisson me semble à point. Reprend le mage les narines frémissantes. Au fait, je ne me suis pas présenté, je me nomme Goulven, je suis un Mitatoué des hautes terres.
_ Un quoi ? S'empresse Alix, les yeux grands ouverts devant l'inconnu.
_Un Mitatoué. Tu ignores donc qui nous sommes ? La raison du nom que l'on nous donne est très simple. Dit-il en s'installant plus confortablement. Lorsque nous atteignons l'âge de treize ans, pour les garçons et, de douze ans, pour les filles, c'est pour nous l'heure d'entrer dans le monde des adultes. A cette occasion, notre corps se trouve tatoué de noms, comme tu peux le voir sur moi. Il soulève sa large manche de chemise faite d'une épaisse toile de lin écru, tout comme le reste de ses vêtements, et découvre ainsi des inscriptions auxquelles Alix ne comprend rien.
_ Mais pourquoi ? Et puis, tout d'un coup, des souvenirs d'histoires contées par sa grand-mère lui reviennent en mémoire, un afflux de souvenirs perdu au fond de son esprit. Les aventures d'un Mitatoué et de son grand-père, comment sa mère allait rencontrer son père grâce au Mitatoué... Chaque famille de son village avait une histoire différente de Mitatoué. Mais à aucun moment, Alix n'avait supposé que ces êtres existaient vraiment. Ils n'étaient donc pas des légendes, comme l'avait si souvent prétendu son grand frère. Ce n'était pas des contes à dormir debout, ni des fables pour donzelles, non, les Mitatoués étaient réels. Vraiment, comment avoir pu oublier de si fabuleuses histoires...?!
_ Cesses un peu tes questions, et manges, ça va être froid. Répond Guénolé, la mine agacé et les gestes un peu trop rapides.
_ Excellent ce poisson, j'avais vraiment très faim ! S'exclame Goulven, très conscient du trouble qu'il provoque sur les autres.
_ Oui, quand il veut, Alix peut se révéler une vraie petite fée du logis!
Face à la mine renfrognée de l'interpellé, Guénolé s'amuse.
_Une petite fée, oui, c'est une façon de voir... Réplique à son tour le mage avec un fin sourire.
Devant la tournure que prend la discussion, Alix s'écarte d'un air boudeur sous le regard des deux hommes puis, s'allonge sous sa couverture et ferme les yeux tout en pensant aux Mitatoués qui avaient peuplé ses rêves de très jeune enfant.
Que faisait ce Goulven parmi eux ? Il en savait suffisamment sur l'avenir pour être un allié, ou au contraire, se révéler en tant qu'ennemi. Alix en était là de ses pensées jusqu'au moment où, le sommeil pris le dessus.
par Claire Ogie
publié dans :
Mangeurs de maux. (2)
communauté :
L'écriture dans tous ses états
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