Présentation

Visiteurs uniques

                               
personnes sont venues sur ce blog depuis le 10/10/2006.

Double-cliquez de n'importe où sur ce blog pour remonter en haut de page.

Copyrighfrance




Traduction

drapeau-anglais.png
drapeau-allemand.png

Pour me joindre

Cliquez donc en bas de page sur : contact

 




"Tu enseignes le mieux ce que tu as le plus besoin d'apprendre." Richard Bach.




Echange dépendance solitaire contre amour autonome.
(Extrait de
Parcours d'autonomie (lien article))




Dès 1954, Hannah Arendt estime l'autorité condamnée dans les démocraties modernes, où les citoyens sont égaux.

Et pour les curieux !

Et si vous êtes curieux, mon autre blog est ici :

                             Des sens (lien site)


Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Mercredi 19 septembre 2007
                                                                     *                                   

    Je me souviendrai toujours de cet instant précis. De cette seconde où les Obiscients ont pris possession de mon corps. Ma vie, jusqu’à ce jours, n’était que jeux, amusements, rires. Les enfants sont insouciants, par nature. Ils vivent chaque minute offerte, comme un dû. Et puis, tout d’un coups, le monde bascule. J’en étais averti, comme tous les autres, mais savoir est une chose, vivre en est une autre. Les Obiscients se sont chargés de me remettre les idées en place. Je n’étais donc qu’un gamin, je suis devenu brutalement un
homme. A treize ans, nous héritons tous des destinées humaines. Notre sort est bouclé dès notre naissance. Si je vous raconte tout cela, c’est pour que  vous sachiez combien le sort de l’humanité nous est proche, combien chaque décision que nous prenons est longuement mûri, réfléchi. C’est pour vous faire
comprendre à quel point les Obiscients font parti intégrante de nous. Nous n’avons pas le choix. Notre vie est ainsi. Nous laissons nos enfants profiter de leurs jeunes années de liberté, avant qu’à leur tour, ils soient entraînés par le poids continuel des visions qui nous marquent physiquement et, nous empêchent à tout jamais de nous déplacer comme des hommes normaux. Le poids des tatouages correspond au poids réel de toutes ces vies. Tous ces mots, ces paroles, pour raconter les existences, intimement mêlées de ceux et celles dont j’ai hérité. Si j’ai fait le choix d’exprimer devant vous, toute cette histoire, c’est pour ne jamais être affublé de la honte que pourrait représenter l’oublie. C’est  pour graver dans nos mémoires le passage de ceux et celles qui ont fait ce magnifique et pénible chemin qu’est l‘existence humaine. Moi, Andéol, je suis devenu adulte le jour de la mort de mon père, Goulven.                                                                  

                                                                    *                                                                

    Brutalement mis debout, Guénolé hurle.
_ Alix !
L’enfant réveillé par le bruit se redresse trop vite et se cogne contre Zed subitement réapparu.    
_ Viens mon chéri. Suis-moi. Vite !                     
_ Qu’est-ce que tu fais là ? S’étonne Alix, encore engourdi par le  sommeil.
_ Allez viens, ne discutes pas tout le temps...
Zed le prend à bras le corps.
_ Mais lâches-moi ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu fais ?
    Des hommes courent sur eux, le visage menaçant et l’arme à la main. Alix n‘en croit pas ses yeux. Ils portent tous des chausses brunes avec, sur le dessus, une tunique écru brodée. Sur leur poitrine, on peut voir un symbole très particulier, un serpent noir entortillé le long d’un arbre ramifié. Des Renoueurs ! Ils se trouvent devant des Renoueurs ! Ou plutôt, devant ceux qui les approvisionnent. Tous les enfants apprennent cela dès leur plus jeune âge, et c’est Zed qui les accompagne.
_ Ce n’est pas une vie pour un gamin, courir la campagne du matin au soir sans un foyer ou se reposer. Viens... Lui répond la fouine le regard torve.
_ Lâches-moi, tu me fais mal ! Alix se débat, jetant ses pieds et ses poings en tous sens.
_ Cesses tes jérémiades et suis-moi ! Assène Zed, tout en sonnant Alix à grands coups de claques en travers de la figure.  Il y a du beau monde qui veut te voir. Un joli petit gars comme toi, tu devrais être content!           
_ De..., de quoi tu parles ? T’es fou ? Laisses-moi !            
_ Oui, je vais bientôt te laisser. Ne t’inquiètes pas, ton sort est déjà réglé.                                        
_ Non ! Lâches-moi !
Traîné de force, Alix se voit attrapé par un groupe d’hommes inconnu. Zed le lâche enfin. Les autres le prennent en charge.
    De son côté, Guénolé taillade des corps, des bras, des jambes, des visages à grands coups de couteau et d’épée bien appliqués. Combien sont-ils ? _ En face, deux butors aux sourires carnassiers se jettent sur lui. _ Il y a forcément un lien avec le Mitatoué, mais lequel ? _ Une entaille sur le cou, pour l’un. Une fouille brutale des entrailles pour l’autre. _ Trop de questions pour le moment sans réponses se bousculent dans sa tête.  Il avance. _ Un gros barbu à sa droite arrive en trombe. _ Et puis, une vision qui le  rend fou furieux. Zed s’emparant d’Alix et de ses rêves pour les remettre entre les mains de la pire engeance qui existe sur cette terre. Des êtres sans foi ni loi, des esclavagistes: des Renoueurs. Des rhabilleurs, comme les
appelaient les membres de sa tribu, il y a bien longtemps de cela... _ Le barbu, un sourire béant, fendu jusqu’aux oreilles, s‘envole littéralement sur ses compagnons au milieu des cris de surprise. _ La fouine est donc impliqué dans cette attaque ! Il aurait dû s’en douter. _ Trois petits jeunes s’approchent, la garde un peu basse,  le regard mal assuré. _ Trop tard. Il est trop tard pour les explications, avait dit Goulven. _ L’épée tournoie dans les airs. Un bras ici, une main là et le couteau dans le flanc du troisième. _ Il est trop tard pour s’échapper. Le mage savait ce qui allait se produire. Il connaissait le jour de sa mort. Et pourtant, il n’a rien entrepris pour y remédier... _ Quatre hommes se rapprochent en se faisant des signes. On cherche à l’encercler, à le prendre en tenaille. _ Comment est-il mort d‘ailleurs ? Guénolé n‘a pas bien compris ce
qui s‘est passé. Il lui parlait et puis, d’un seul coup, l’autre s‘est affaissé sous ses yeux. Pas de flèche, aucune trace visible sur lui. Rien. _ D’un bond par-dessus les lames du feu, il sort du cercle et prend de revers les deux premiers._ Je vais faire le choix de croire en vous, faites celui d’être digne de confiance !  Voilà ce que le mage avait  dit. _ Il esquive le premier. Un coup d’estoc sur le deuxième. _ Il a une décision importante à prendre. D’autres arrivent encore. Il doit faire vite. _ Une franche attaque de bête fauve rugissante, toutes armes en avant, sur le troisième. _ Mais, comment se concentrer au milieu d’une telle pagaille ? _ Retour du premier et deux torches humaines hurlantes jetées brutalement l‘une sur l‘autre. _ Guénolé se bat. Plusieurs corps tombent sous sa main, il en a perdu le compte. La guerre, les combats, il connaît, c’était son gagne pain. Alors il frappe, il cogne, il découpe, il entaille, il charcute. Voilà un an, il y aurait pris du plaisir. Aujourd’hui, il se dégoûte. _ Des gamins s’approchent. Ils sont donc à ce point en manque d’hommes !? _ La vue de tous ces membres qu’il mutile consciencieusement ne lui apporte plus
aucune satisfaction. Le plaisir de la vengeance a disparu pour laisser place à l’horreur de la situation et à la détestation de ce qu’il est devenu. _ Non ! Pas des gosses ! _ Plus il y réfléchi et moins sa vie semble avoir de sens. Depuis le jour du massacre de sa famille et de son village sous ses yeux d’enfant, il n’a plus vécu que pour se venger. Le souvenir de ses parents égorgés et baignant dans leur sang, les images des maisons brûlées et des champs dévastés, les cris de tous ceux qu’il chérissait et ne sont plus, l’ont longtemps poursuivi. Il s’était promis de ne plus jamais avoir d’attache, ni sentimentale, ni géographique. Plus rien pour lui rappeler ceux qu’il aimait et qu’il avait définitivement perdu. La trouille de risquer de perdre à nouveau ceux, vers qui des sentiments d’amour pourraient le pousser avait été la plus forte. La solution du jeune adolescent qu’il était alors: se faire engager dans une armée et apprendre à se battre pour ne plus être dépendant de qui que se soit, sauf de son chef, celui qui lui donnerait son salaire pour tous les crimes, les massacres qu’il allait commettre à son tour. Mais là, au moins, il serait de l’autre côté de la barrière, il serait du côté des plus forts. Toute la différence se situait là. _ D’un coup de poing énergique, il assomme ses nouveaux assaillants avant de s’écarter pour rejoindre Alix. _ Malheureusement, avec le temps, ses satisfactions s’étaient transformées et, avaient provoqué en lui un effet inverse: le dégoût irrémédiable de ce qu’il était devenu. Et puis, en un éclair, une solution lui apparaît brutalement. En fait, la seule solution valable...! Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?
Les renoueurs ne s’intéressent qu’à une seule chose, prendre toujours plus d’esclaves. Grossir continuellement le nombre de ceux qui serviront pour leurs expériences. Quelles expériences ? Il l’ignore, mais se sont les bruits qui courent depuis tant d’années qu’elles ne peuvent qu’avoir un fond de vérité. Alors, sans plus réfléchir, Guénolé s’arrête et baisse sa garde. Sa décision est prise. Sa rage tombe d’elle même. _ Une dizaine d’hommes craintifs l’encercle pour se jeter sur lui. _ Il sait être à la croisée des chemins. Il se laisse approcher. Jamais il n’aurait agit ainsi. _ Ils l’entourent, lui sautent dessus et le font prisonnier. _ C’est donc ce qu’il doit faire. _ La mine épuisée mais réjouie, les hommes encore surpris de leur réussite,  l’attachent solidement. _ C’est l’unique moyen pour couper court avec ses anciennes habitudes tout en lui donnant la possibilité de sauver sa vie, ainsi que celle d‘Alix. Il le faut. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est sa solution. Il peut maintenant ruminer de sombres pensées, mais au moins une chose est certaine, la prémonition de Goulven ne sera pas. Cet avenir là, n‘est déjà plus. Il est, ils sont, prisonniers des Renoueurs. Jamais, le Guénolé d’avant n’aurait permis, ni accepté cela.       

  

par Claire Ogie publié dans : Mangeurs de maux. (4) communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander créer un trackback
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus