Vendredi 21 septembre 2007
_ Mais ce n’est pas ce qui était conclus ! Nous étions bien d’accord. Je vous livrais l’enfant et le Mitatoué et vous me laissiez la vie sauve !
A plusieurs mètres de là, Zed vocifère. Il se démène comme un beau diable, mais ses anciens complices se moquent de lui.
_ Tu n’a pas respecté le contrat. Tu nous a menti. Une larve comme toi fera un excellent cobaye et, un fou dangereux de moins.
Les autres s’esclaffent.
_ Vous avez eu ce que vous vouliez ! Un Mitatoué, ça vaut une petite fortune. Sans moi, vous n’auriez jamais su où trouver une si belle prise !
_ Un Mitatoué vivant, oui, mais celui-ci est mort ! Il est nettement moins utile. Tout comme toi d’ailleurs... Un sourire railleur aux lèvres, l’homme de main continue. Et puis, tu as omis un léger détail, le géant qui les accompagnait a bien faillit tous nous éliminer. Mais, peut-être escomptais-tu te débarrasser ainsi de nous, non ?
_ Je vous assure que j’ignorais sa présence ! Il a dû arriver après mon passage. Je ne le connais pas !
D’un air entendu, le petit groupe attache solidement les prisonniers. Les uns derrière les autres, allégés de leurs godillots et de leurs armes, reliés par une épaisse corde autour du cou, les bras attachés dans le dos et les chevilles entravées, ils sont prêt à avancer en silence, coincés entre les chevaux de leurs ravisseurs. Ceux-ci ne sont plus qu’une quinzaine d’hommes fatigués, couverts d’ecchymoses, de plaies et d’entailles diverses. Guénolé a finit par se laisser prendre, mais à quel prix, la moitié de la troupe y a laissé la vie. Du haut de la colonne, que forme le groupe, le chef de la bande, un petit brun, râblé, au teint mat, les cheveux liés en une queue de cheval sur le sommet de la tête, s’adresse brutalement, de sa voix criarde, à l’un des siens, avant le départ.
_ Foutriquet ! Viens ici. Je te charge de nourrir les prisonniers pendant le trajet. Je les veux intactes pour notre retour. Arranges-toi pour les alimenter correctement. Tu en es responsable.
Puis, à la lueur encore vive du feu de camp et de la lune de cette fin de soirée d‘été, le chef regarde les cadavres de son équipe et du Mitatoué. Enfin, il coule un oeil mauvais vers Guénolé. Il aura fallu qu‘ils s’y mettent à dix pour en avoir raison. Une force de la nature, cet homme ! Mais il devrait malgré tout en tirer une bonne prime, il s'y connaît en qualité humaine... Se dit-il finalement, un vague sourire aux lèvres.
_ Pour lui, un seul repas par jour suffira. Il nous a suffisamment causé d’ennuis, pas besoin qu’il récupère des forces, il a de la réserve.
Au moment où tous devraient profiter d’un repos indispensable, ils s’engagent à petits pas le long de la rivière qui coule non loin du campement. Les cavaliers dirigent leurs montures, les prisonniers, eux, regrettent déjà leurs souliers. Ils pataugent et progressent, tant bien que mal, dans un élément gluant et glissant, fait d’un savant mélange de terre glaise et de limaces grosses comme le poing. Au plus petit faux pas, tout le monde part en vrille sous une pluie de coups de fouet. Des rires mauvais fusent de toute part à la moindre glissade.
Zed marche en tête du cortège des prisonniers. Il est à la fois rassuré de ne pas se trouver face à face avec Guénolé et, en proie à une peur panique car celui-ci se trouve juste derrière lui et, fait peser de son regard, un poids terrible sur ses frêles épaules... Il entend, il sent son souffle rauque lui chatouiller la nuque.
Guénolé, lui, serre les dents. A la première occasion, il écharpe Zed. C’est une promesse qu’il se fait. Pourquoi faut-il toujours qu’il lui pourrisse la vie ? Quel intérêt peut-il tirer de la compagnie d’un phénomène pareil ? Filou, menteur, traître et dégonflé, rien ne manque à sa panoplie de vaurien. Il suit à la trace les allées et venues des armées, pour mieux se servir après leur passage. Rapace, charognard des habitations laissés en ruines, il trouve toujours de quoi survivre. C’est ainsi qu’ils se sont rencontrés la première fois. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à chaque fois ! Sorte de reptile malfaisant, à la tête de vautour, Zed est le symbole même de tout ce qui lui fait maintenant horreur.
Alix, de son côté, s’applique à éviter les limaces, tout du moins quand elles sont visibles, en ce demandant combien de temps ils vont devoir marcher dans ces conditions...
Au bout de ce qu’il leur a semblé des heures, le petit groupe quitte finalement le bord du cour d’eau et atteint une clairière où les attend un campement gardé par cinq hommes.
_ Posez-vous là et tenez-vous tranquille pour la nuit. Leur conseille le dénommé Foutriquet.
Le trio, toujours solidement attaché, s’installe péniblement dans l’herbe piétinée. Autour d’eux, les hommes s’entretiennent de leur déconvenue auprès de ceux restés au camp. Les sons qui sortent de leurs bouches ressemblent plus à des borborygmes qu’à des paroles claires. Une sorte de murmure continuel et incompréhensible. On fixe solidement leurs cordes sur des pieux plantés dans le sol. Aucun moyen de bouger avec aisance, ni sans se faire repérer. Dans cette ambiance pleine d’amertume, de haine et de peurs mélangées, les questions fusent de la bouche de l‘enfant à peine leur gardien vient-il de s’écarter.
A plusieurs mètres de là, Zed vocifère. Il se démène comme un beau diable, mais ses anciens complices se moquent de lui.
_ Tu n’a pas respecté le contrat. Tu nous a menti. Une larve comme toi fera un excellent cobaye et, un fou dangereux de moins.
Les autres s’esclaffent.
_ Vous avez eu ce que vous vouliez ! Un Mitatoué, ça vaut une petite fortune. Sans moi, vous n’auriez jamais su où trouver une si belle prise !
_ Un Mitatoué vivant, oui, mais celui-ci est mort ! Il est nettement moins utile. Tout comme toi d’ailleurs... Un sourire railleur aux lèvres, l’homme de main continue. Et puis, tu as omis un léger détail, le géant qui les accompagnait a bien faillit tous nous éliminer. Mais, peut-être escomptais-tu te débarrasser ainsi de nous, non ?
_ Je vous assure que j’ignorais sa présence ! Il a dû arriver après mon passage. Je ne le connais pas !
D’un air entendu, le petit groupe attache solidement les prisonniers. Les uns derrière les autres, allégés de leurs godillots et de leurs armes, reliés par une épaisse corde autour du cou, les bras attachés dans le dos et les chevilles entravées, ils sont prêt à avancer en silence, coincés entre les chevaux de leurs ravisseurs. Ceux-ci ne sont plus qu’une quinzaine d’hommes fatigués, couverts d’ecchymoses, de plaies et d’entailles diverses. Guénolé a finit par se laisser prendre, mais à quel prix, la moitié de la troupe y a laissé la vie. Du haut de la colonne, que forme le groupe, le chef de la bande, un petit brun, râblé, au teint mat, les cheveux liés en une queue de cheval sur le sommet de la tête, s’adresse brutalement, de sa voix criarde, à l’un des siens, avant le départ.
_ Foutriquet ! Viens ici. Je te charge de nourrir les prisonniers pendant le trajet. Je les veux intactes pour notre retour. Arranges-toi pour les alimenter correctement. Tu en es responsable.
Puis, à la lueur encore vive du feu de camp et de la lune de cette fin de soirée d‘été, le chef regarde les cadavres de son équipe et du Mitatoué. Enfin, il coule un oeil mauvais vers Guénolé. Il aura fallu qu‘ils s’y mettent à dix pour en avoir raison. Une force de la nature, cet homme ! Mais il devrait malgré tout en tirer une bonne prime, il s'y connaît en qualité humaine... Se dit-il finalement, un vague sourire aux lèvres.
_ Pour lui, un seul repas par jour suffira. Il nous a suffisamment causé d’ennuis, pas besoin qu’il récupère des forces, il a de la réserve.
Au moment où tous devraient profiter d’un repos indispensable, ils s’engagent à petits pas le long de la rivière qui coule non loin du campement. Les cavaliers dirigent leurs montures, les prisonniers, eux, regrettent déjà leurs souliers. Ils pataugent et progressent, tant bien que mal, dans un élément gluant et glissant, fait d’un savant mélange de terre glaise et de limaces grosses comme le poing. Au plus petit faux pas, tout le monde part en vrille sous une pluie de coups de fouet. Des rires mauvais fusent de toute part à la moindre glissade.
Zed marche en tête du cortège des prisonniers. Il est à la fois rassuré de ne pas se trouver face à face avec Guénolé et, en proie à une peur panique car celui-ci se trouve juste derrière lui et, fait peser de son regard, un poids terrible sur ses frêles épaules... Il entend, il sent son souffle rauque lui chatouiller la nuque.
Guénolé, lui, serre les dents. A la première occasion, il écharpe Zed. C’est une promesse qu’il se fait. Pourquoi faut-il toujours qu’il lui pourrisse la vie ? Quel intérêt peut-il tirer de la compagnie d’un phénomène pareil ? Filou, menteur, traître et dégonflé, rien ne manque à sa panoplie de vaurien. Il suit à la trace les allées et venues des armées, pour mieux se servir après leur passage. Rapace, charognard des habitations laissés en ruines, il trouve toujours de quoi survivre. C’est ainsi qu’ils se sont rencontrés la première fois. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à chaque fois ! Sorte de reptile malfaisant, à la tête de vautour, Zed est le symbole même de tout ce qui lui fait maintenant horreur.
Alix, de son côté, s’applique à éviter les limaces, tout du moins quand elles sont visibles, en ce demandant combien de temps ils vont devoir marcher dans ces conditions...
Au bout de ce qu’il leur a semblé des heures, le petit groupe quitte finalement le bord du cour d’eau et atteint une clairière où les attend un campement gardé par cinq hommes.
_ Posez-vous là et tenez-vous tranquille pour la nuit. Leur conseille le dénommé Foutriquet.
Le trio, toujours solidement attaché, s’installe péniblement dans l’herbe piétinée. Autour d’eux, les hommes s’entretiennent de leur déconvenue auprès de ceux restés au camp. Les sons qui sortent de leurs bouches ressemblent plus à des borborygmes qu’à des paroles claires. Une sorte de murmure continuel et incompréhensible. On fixe solidement leurs cordes sur des pieux plantés dans le sol. Aucun moyen de bouger avec aisance, ni sans se faire repérer. Dans cette ambiance pleine d’amertume, de haine et de peurs mélangées, les questions fusent de la bouche de l‘enfant à peine leur gardien vient-il de s’écarter.
par Claire Ogie
publié dans :
Mangeurs de maux. (5)
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L'écriture dans tous ses états
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