Lundi 1 octobre 2007
_ Que me racontes-tu là ? Encore un de tes nombreux délires !
Du haut de ses un mètre cinquante cinq, Rozenn, une jolie jeune femme aux formes épanouies et à la peau mâtinée par le soleil lève la tête vers Aleyde, un géant de huit ans d’âge, son neveu. De nombreuses mèches blondes s’échappent de la pauvre cotonnade défraîchi qui lui enserre les cheveux. Elle s’agite pour les remettre en place et s’amuse des paroles d‘Aleyde. Celui-ci, un garçon à l’ossature tout en finesse, des cheveux brun ébouriffés retombant sur d’immenses yeux noirs assortis à sa taille, s’obstine avec une détermination farouche.
_ Je t’assures ! C’est vrai. Pourquoi tu ne me crois jamais ?
_ Bien sûr, bien sûr, mais là, vois-tu, j’ai du travail à faire. Alors, si ça ne te dérange pas, nous reprendrons cette charmante conversation plus tard...
_ Non ! Non ! C’est important !
Aleyde trépigne d’impatience devant sa tante.
_ Rien n’est plus important que la fin de ma récolte. Alors, sois gentil, laisses moi aller travailler, les autres vont m’attendre.
Elle l’écarte et s’avance d’un pas décidé.
_ Mais enfin !
L’enfant bondit et se place en travers du chemin de sa tante.
_ Ah ça suffit ! Laisses-moi passer !
Il s’accroche à elle d’un air suppliant.
_ Et qu’est ce que je vais dire à Hégésippe moi, si tu t’en va sans même m’écouter ?
_ Qu’est ce qu’Hégésippe vient faire là-dedans ? C’est lui qui t’envoie? S’étonne Rozenn en écartant le jeune garçon décidément trop grand et trop envahissant pour son âge.
_ Ben..., oui.
_ Il ne peut plus parler tout seul maintenant ? Il a besoin d’un messager ? On aura tout vu !
_ Alors, tu veux bien m’écouter ? C’est du sérieux je te dis.
_ Du sérieux ? Venant d’Hégésippe ? Voilà qui est nouveau !
_ S’il veut absolument me parler, j’irai le voir ce soir après ma journée de travail. Et tu devrais en faire autant.
Le gamin fait la moue, en haussant les épaules.
Et oui, le mot travailler, ça ne te dis rien ? Tu vas finir par t’attirer des ennuies toi, à courir du matin au soir sans rien faire. Les Pères ne sont pas aveugles, ils vont finir par prendre des sanctions. Tes parents devraient au moins être conscient de ça !
_ Tu me promet ? C’est bien vrai ? Tu vas aller lui parler ?
_ A qui ?
_ Mais à Hégésippe bien sûr ! Tu vois tu ne m’écoutes pas !
_ Mais si, puisque je te l’ai déjà dis, aller, files !
Aleyde part en courant, un sourire aux lèvres. Il va en direction d’une très grande bâtisse aux murs blanc et aux fenêtres étroites, placée au centre du village, la maison des Pères. De son côté, Rozenn, se dirige à l’opposé, vers une petite plantation. La journée semble longue à la jeune femme. Beaucoup de travail pour peu de satisfaction. La récolte est maigre, moins bonne que prévu malgré les nombreux soins apportés. Depuis son enfance, elle est habituée à ce labeur. Sa mère l’avait amené très tôt à amender, creuser, planter, arroser la terre. Elle lui avait enseigné la joie de se sentir utile, nécessaire, pour ne pas dire indispensable aux autres. C’était pour elle la plus belle occupation qui soit. Être capable de fournir la nourriture à ceux qui ne savaient pas utiliser à bon escient ce que les Pères Renoueurs, leurs offraient: une terre rien que pour eux, loin de la rapacité des hommes d’au-delà des montagnes. C‘était pour elle une vraie consécration. Aujourd’hui, à vingt six ans, elle se sent lasse et déçue. Ses compagnes sont rentrées depuis déjà longtemps. Elle traîne encore sur ce terrain qu’elle connaît par cœur. Pas toujours simple d’allier la satisfaction du travail bien fait et le peu de résultat occasionné. Mais, cela aurait pu être pire. Au moins ils auront tous de quoi se nourrir décemment. Enfin, en faisant attention...
Rozenn marche, d’un pas pesant, vers la place du village. Et là, se trouve un attroupement inhabituel. Une bonne partie des habitants est réunis pour discuter de façon animée, à l’heure où tous devraient se reposer et se restaurer.
_ Rozenn ! Te voilà enfin !
Son frère, tout l’opposé d’elle, un grand brun au visage assez carré dû à la présence d’une barbe bien fournie coupée court et, sa belle sœur, une rouquine à la peau laiteuse toujours enfouie sous des couches de tissu pour se protéger des rayons implacables du soleil, s’approchent à sa vue.
_ Bonsoir Juste. Bonsoir Oriane.
_ N’as-tu pas vu Aleyde ? Demande Oriane la mine défaite. Impossible de mettre la main dessus depuis ce matin.
_ Non, ma journée a été suffisamment pénible comme ça, pas besoin de ton fils dans mes jambes ! Fait Rozenn, en soupirant et en levant les yeux au ciel. D’ailleurs, ce matin je lui ai vivement conseillé de se rendre utile au lieu de courir en tous sens. Il faut croire que pour une fois il s’est décidé à écouter !
_ Quoi...! s’exclame Juste sortant de ses pensées.
Rozenn se tourne vers son frère.
_ Tu dois le prendre en main ce gamin, où il va mal tourner... C’est vrai, tu manque de poigne dès qu’il s’agit de ton fils. Réagis !
_ Tu l’as vu ce matin ? demande Oriane.
_ Oui, je viens de te le dire !
Rozenn n’est pas vraiment à prendre avec des pincettes. Elle se sent lasse, trop de charges, de responsabilités accumulées sur ses épaules tous ces derniers jours. Juste, lui, exprime avec difficulté son appréhension.
_ Écoutes..., ce n’est pas normal. Il devait m’accompagner avec Hégésippe pour nous aider à la construction du nouveau bâtiment.
_ Quel bâtiment ? Je ne suis pas au courant. S’étonne sa sœur.
_ Celui prévu pour le prochain arrivage. Enfin, tu sais bien, les nouveaux colons ! Ils doivent venir d’ici un mois. D’ailleurs, tu es particulièrement concernée, tu es sensée agrandir la plantation, tout comme
nous devons prévoir les habitations.
_ Quoi ! Ce n’est pas une blague ?
_ Ai-je l’air de plaisanter ? S’étonne à son tour Juste. C’est très sérieux. Et nous n’avons que peu de temps pour nous mettre à l’ouvrage.
_ Mais pourquoi n’ai-je pas été averti par le conseil des Pères ?
_ C’est étonnant, en effet, sans doute un oubli. Ils sont tellement débordés en ce moment, une vraie ruche... Juste semble pensif. De son côté,
Rozenn va de découverte en découverte.
_ Et dire que je n’ai pas cru Aleyde ce matin. Il était venu me parler de ce projet, et je ne l‘ai pas pris au sérieux.
_ Et après, où est-il allé ? s’inquiète Oriane, les mains tordues d’angoisse.
_ Lorsque je l’ai quitté, il se dirigeait vers la maison des Pères. Puis, Rozenn s’adressant de nouveau à Juste. Mais, dis-moi, il m’a aussi parlé d’un projet avec Hégésippe, es-tu au courant ?
_ Pas le moins du monde. De quoi s’agit-il ?
_ Je dois voir Hégésippe ce soir pour qu’il m’en informe. Aleyde est resté très vague dans ces explications. J’ai vraiment cru à une affabulation de sa part.
_ Et bien, si tu trouve Hégésippe, tu ferais bien de me l’envoyer, car lui non plus n’était pas à notre rendez-vous de ce matin.
_ Quoi ! C’est curieux...! Je sais bien qu’il a une imagination débordante et qu’il a souvent tendance à déformer tous les propos ainsi que les nouvelles mais, il est toujours ponctuel dans son travail.
_ C’est également mon avis. N’as-tu vraiment aucune idée du projet dont il voulait t’entretenir ?
_ Aleyde m’avait parlé d’implosion de notre façon de vivre... que nous allions vivre des instants uniques... Enfin, les fariboles habituelles d’Hégésippe.
_ Évidemment...
_ Que veux-tu, j’ai la tête sur les épaules moi ! A aucun moment, je n’ai imaginé qu’il y avait du vrai dans toutes ces excentricités !
_ Je sais bien, nous en sommes tous là. Mais, en attendant, il nous manque deux êtres chers au village et, personne ne sait où ils sont. Tu étais la dernière qui manquait à mon interrogatoire. Je ne voulais pas m’inquiéter outre mesure. Je sais qu’il aime ta compagnie, mais maintenant, je ne sais plus que penser...
_ Mon fils... ! Mon enfant... ! Pleure Oriane.
_ Nous devons prévenir au plus vite les Pères avant qu’un malheur ne se produise. Juste prend son épouse dans ses bras pour la réconforter. De son côté, Rozenn cherche une idée, un indice.
_ As-tu parlé aux gardiens ? N’ont-ils rien vu d’anormal ?
_ Rien, ils disent n’avoir rien vu. Et puis, ils sont là pour nous protéger du monde extérieur et non du contraire.
Du haut de ses un mètre cinquante cinq, Rozenn, une jolie jeune femme aux formes épanouies et à la peau mâtinée par le soleil lève la tête vers Aleyde, un géant de huit ans d’âge, son neveu. De nombreuses mèches blondes s’échappent de la pauvre cotonnade défraîchi qui lui enserre les cheveux. Elle s’agite pour les remettre en place et s’amuse des paroles d‘Aleyde. Celui-ci, un garçon à l’ossature tout en finesse, des cheveux brun ébouriffés retombant sur d’immenses yeux noirs assortis à sa taille, s’obstine avec une détermination farouche.
_ Je t’assures ! C’est vrai. Pourquoi tu ne me crois jamais ?
_ Bien sûr, bien sûr, mais là, vois-tu, j’ai du travail à faire. Alors, si ça ne te dérange pas, nous reprendrons cette charmante conversation plus tard...
_ Non ! Non ! C’est important !
Aleyde trépigne d’impatience devant sa tante.
_ Rien n’est plus important que la fin de ma récolte. Alors, sois gentil, laisses moi aller travailler, les autres vont m’attendre.
Elle l’écarte et s’avance d’un pas décidé.
_ Mais enfin !
L’enfant bondit et se place en travers du chemin de sa tante.
_ Ah ça suffit ! Laisses-moi passer !
Il s’accroche à elle d’un air suppliant.
_ Et qu’est ce que je vais dire à Hégésippe moi, si tu t’en va sans même m’écouter ?
_ Qu’est ce qu’Hégésippe vient faire là-dedans ? C’est lui qui t’envoie? S’étonne Rozenn en écartant le jeune garçon décidément trop grand et trop envahissant pour son âge.
_ Ben..., oui.
_ Il ne peut plus parler tout seul maintenant ? Il a besoin d’un messager ? On aura tout vu !
_ Alors, tu veux bien m’écouter ? C’est du sérieux je te dis.
_ Du sérieux ? Venant d’Hégésippe ? Voilà qui est nouveau !
_ S’il veut absolument me parler, j’irai le voir ce soir après ma journée de travail. Et tu devrais en faire autant.
Le gamin fait la moue, en haussant les épaules.
Et oui, le mot travailler, ça ne te dis rien ? Tu vas finir par t’attirer des ennuies toi, à courir du matin au soir sans rien faire. Les Pères ne sont pas aveugles, ils vont finir par prendre des sanctions. Tes parents devraient au moins être conscient de ça !
_ Tu me promet ? C’est bien vrai ? Tu vas aller lui parler ?
_ A qui ?
_ Mais à Hégésippe bien sûr ! Tu vois tu ne m’écoutes pas !
_ Mais si, puisque je te l’ai déjà dis, aller, files !
Aleyde part en courant, un sourire aux lèvres. Il va en direction d’une très grande bâtisse aux murs blanc et aux fenêtres étroites, placée au centre du village, la maison des Pères. De son côté, Rozenn, se dirige à l’opposé, vers une petite plantation. La journée semble longue à la jeune femme. Beaucoup de travail pour peu de satisfaction. La récolte est maigre, moins bonne que prévu malgré les nombreux soins apportés. Depuis son enfance, elle est habituée à ce labeur. Sa mère l’avait amené très tôt à amender, creuser, planter, arroser la terre. Elle lui avait enseigné la joie de se sentir utile, nécessaire, pour ne pas dire indispensable aux autres. C’était pour elle la plus belle occupation qui soit. Être capable de fournir la nourriture à ceux qui ne savaient pas utiliser à bon escient ce que les Pères Renoueurs, leurs offraient: une terre rien que pour eux, loin de la rapacité des hommes d’au-delà des montagnes. C‘était pour elle une vraie consécration. Aujourd’hui, à vingt six ans, elle se sent lasse et déçue. Ses compagnes sont rentrées depuis déjà longtemps. Elle traîne encore sur ce terrain qu’elle connaît par cœur. Pas toujours simple d’allier la satisfaction du travail bien fait et le peu de résultat occasionné. Mais, cela aurait pu être pire. Au moins ils auront tous de quoi se nourrir décemment. Enfin, en faisant attention...
Rozenn marche, d’un pas pesant, vers la place du village. Et là, se trouve un attroupement inhabituel. Une bonne partie des habitants est réunis pour discuter de façon animée, à l’heure où tous devraient se reposer et se restaurer.
_ Rozenn ! Te voilà enfin !
Son frère, tout l’opposé d’elle, un grand brun au visage assez carré dû à la présence d’une barbe bien fournie coupée court et, sa belle sœur, une rouquine à la peau laiteuse toujours enfouie sous des couches de tissu pour se protéger des rayons implacables du soleil, s’approchent à sa vue.
_ Bonsoir Juste. Bonsoir Oriane.
_ N’as-tu pas vu Aleyde ? Demande Oriane la mine défaite. Impossible de mettre la main dessus depuis ce matin.
_ Non, ma journée a été suffisamment pénible comme ça, pas besoin de ton fils dans mes jambes ! Fait Rozenn, en soupirant et en levant les yeux au ciel. D’ailleurs, ce matin je lui ai vivement conseillé de se rendre utile au lieu de courir en tous sens. Il faut croire que pour une fois il s’est décidé à écouter !
_ Quoi...! s’exclame Juste sortant de ses pensées.
Rozenn se tourne vers son frère.
_ Tu dois le prendre en main ce gamin, où il va mal tourner... C’est vrai, tu manque de poigne dès qu’il s’agit de ton fils. Réagis !
_ Tu l’as vu ce matin ? demande Oriane.
_ Oui, je viens de te le dire !
Rozenn n’est pas vraiment à prendre avec des pincettes. Elle se sent lasse, trop de charges, de responsabilités accumulées sur ses épaules tous ces derniers jours. Juste, lui, exprime avec difficulté son appréhension.
_ Écoutes..., ce n’est pas normal. Il devait m’accompagner avec Hégésippe pour nous aider à la construction du nouveau bâtiment.
_ Quel bâtiment ? Je ne suis pas au courant. S’étonne sa sœur.
_ Celui prévu pour le prochain arrivage. Enfin, tu sais bien, les nouveaux colons ! Ils doivent venir d’ici un mois. D’ailleurs, tu es particulièrement concernée, tu es sensée agrandir la plantation, tout comme
nous devons prévoir les habitations.
_ Quoi ! Ce n’est pas une blague ?
_ Ai-je l’air de plaisanter ? S’étonne à son tour Juste. C’est très sérieux. Et nous n’avons que peu de temps pour nous mettre à l’ouvrage.
_ Mais pourquoi n’ai-je pas été averti par le conseil des Pères ?
_ C’est étonnant, en effet, sans doute un oubli. Ils sont tellement débordés en ce moment, une vraie ruche... Juste semble pensif. De son côté,
Rozenn va de découverte en découverte.
_ Et dire que je n’ai pas cru Aleyde ce matin. Il était venu me parler de ce projet, et je ne l‘ai pas pris au sérieux.
_ Et après, où est-il allé ? s’inquiète Oriane, les mains tordues d’angoisse.
_ Lorsque je l’ai quitté, il se dirigeait vers la maison des Pères. Puis, Rozenn s’adressant de nouveau à Juste. Mais, dis-moi, il m’a aussi parlé d’un projet avec Hégésippe, es-tu au courant ?
_ Pas le moins du monde. De quoi s’agit-il ?
_ Je dois voir Hégésippe ce soir pour qu’il m’en informe. Aleyde est resté très vague dans ces explications. J’ai vraiment cru à une affabulation de sa part.
_ Et bien, si tu trouve Hégésippe, tu ferais bien de me l’envoyer, car lui non plus n’était pas à notre rendez-vous de ce matin.
_ Quoi ! C’est curieux...! Je sais bien qu’il a une imagination débordante et qu’il a souvent tendance à déformer tous les propos ainsi que les nouvelles mais, il est toujours ponctuel dans son travail.
_ C’est également mon avis. N’as-tu vraiment aucune idée du projet dont il voulait t’entretenir ?
_ Aleyde m’avait parlé d’implosion de notre façon de vivre... que nous allions vivre des instants uniques... Enfin, les fariboles habituelles d’Hégésippe.
_ Évidemment...
_ Que veux-tu, j’ai la tête sur les épaules moi ! A aucun moment, je n’ai imaginé qu’il y avait du vrai dans toutes ces excentricités !
_ Je sais bien, nous en sommes tous là. Mais, en attendant, il nous manque deux êtres chers au village et, personne ne sait où ils sont. Tu étais la dernière qui manquait à mon interrogatoire. Je ne voulais pas m’inquiéter outre mesure. Je sais qu’il aime ta compagnie, mais maintenant, je ne sais plus que penser...
_ Mon fils... ! Mon enfant... ! Pleure Oriane.
_ Nous devons prévenir au plus vite les Pères avant qu’un malheur ne se produise. Juste prend son épouse dans ses bras pour la réconforter. De son côté, Rozenn cherche une idée, un indice.
_ As-tu parlé aux gardiens ? N’ont-ils rien vu d’anormal ?
_ Rien, ils disent n’avoir rien vu. Et puis, ils sont là pour nous protéger du monde extérieur et non du contraire.
par Claire Ogie
publié dans :
Mangeurs de maux. (8)
communauté :
L'écriture dans tous ses états
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