Jeudi 4 octobre 2007
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Guénolé n’en revient pas. Goulven aurait donc pu se trouver entre les mains des Renoueurs, sans les avoir découvert avant, sans avoir atteint son objectif ! Il avait suffit d’une simple dispute entre lui et Zed pour qu’il trouve son chemin. Sans elle, pas de prémonition, pas d’avertissement, plus de rêve et la fin du mage, en pure perte. Il avait misé sur lui, sur Guénolé, depuis le début. Il savait que de toute façon, en ce qui le concernait, sa mort était au bout du chemin. Il s’était mis entièrement dans les mains d’une éventuelle possibilité pour atteindre son but. Aucune certitude, rien qui lui prouva une minute qu’il y arriverait. Et pourtant, il n’avait pas hésité à prendre ce risque. Il savait quoi faire, c’était son intime conviction, la mort pour lui dans les deux cas, une chance sur deux pour Alix et Guénolé, voilà dans quoi il s’était engagé.
Après une nuit difficile, les pieds imbriqués dans une gangue d’argile, les trois prisonniers ne savent plus comment se placer pour limiter les dégâts que leurs infligent les fourmis et les crampes qui parcourent leurs corps endoloris. Au moindre geste pour gratter cette terre glaise qui leur colle à la peau, et la chair éclate comme un fruit trop mûr. L’argile, une fois sèche, est tout aussi dangereuse qu’humide. Mais, pas tout à fait pour les mêmes raisons.
Les poignets, les chevilles et le cou à vif, cisaillés par la corde, le corps zébré par les coups de fouet, ils s’observent, la mine lugubre. Au petit matin, les hommes s’agitent, se lèvent, se préparent, un long parcours les attend. La vue des plaies de leurs prisonniers, est immédiatement suivi de ricanements malsains qui égaye tout le groupe. Seul, le gardien, le dénommé Foutriquet, semble inquiet. Il court en tous sens pour chercher de l’eau avant le départ, et débarrasser le trio de cet emplâtre plantaire, tout en nettoyant ce qui peut l‘être. En cas d’infection, il serait responsable, pas besoin d’ennuies supplémentaires, il a déjà son lot de corvées.
_ Vous deux, je peux à nouveau vous chausser, fait le garde en s’occupant de Zed et Alix. Mais vous, en s’adressant à Guénolé, je vous conseille de vous tenir tranquille, tout le groupe vous a à l’œil. De toute façon vous restez pieds nus, ordres du chef.
_ Comme c’est généreux de sa part. Tu n’oublieras pas de le remercier pour moi. N’oublies pas, surtout. Je ne voudrai pas qu’il s’inquiète un instant de mon état de santé !
_ Faites pas le malin... Répond Foutriquet, d’un ton inquiet.
_ Foutriquet, c’est bien ton nom ? Fait Guénolé, les yeux braqués sur l’autre, visiblement pressé d’en finir.
_ Oui.
_ Pourquoi t’appelle-t-on ainsi ? Ce n’est pas un nom ça ! S’enquiert Guénolé, tout en avalant son unique repas du jour que lui donne à la cuillère son gardien.
_ Mangez vite, on va bientôt repartir. Je serai vous, je parlerai moins et je prendrai des forces pour la marche d’aujourd’hui. Nous sommes loin d’être arrivée. Nous avons encore douze jours de trajet avant d’atteindre la maison.
_ La maison...? Reprend Guénolé.
_ C’est quoi ce truc ?! S’exclame Zed en crachant dans tous les sens, j’ai l’impression de bouffer de la terre !
_ Fais pas ton difficile, lui susurre Guénolé, c’est le régime spécial pour les hôtes d’importance. Tu n’apprécies donc pas la cuisine de tes amis ? Quelle outrecuidance, vraiment tu m’étonnes là.
_ Restez tranquille...! Continue Foutriquet, une lueur d’amusement dans le regard, malgré son angoisse latente. Dites-vous que c’est pour votre bien. Il enfourne avec force une nouvelle cuillérée dans la bouche de Zed, grimaçant. Notre cuisine est effectivement un peu particulière. Elle est surtout constituée à base d’argile. C’est souverain contre les diarrhées, ça vous requinque un homme en un rien de temps ! Le trio écarquille les yeux. Et oui, vous ne croyez tout de même pas qu’on va vous laisser vous vider sous nos yeux tout le long du chemin. Comme vous l’avez déjà constaté, l’argile est un excellent emplâtre externe, tout comme interne d‘ailleurs... Il s’éloigne.
_ Et pour nous empêcher de pisser, y’a rien de prévu ? S’étonne Zed.
_ Tout est méticuleusement étudié, les mains dans le dos, tout coule forcément le long des jambes et atterri sur nos pieds, ça aidera toujours à la cicatrisation de nos plaies. Affirme Guénolé d’un ton savant. Chez les Renoueurs, rien ne se perd.
_ Parles pour toi, tu es pieds nus. Moi, je vais saigner et suinter dans la peau de mes godasses !
_ Voilà ce que c’est quand on est un privilégié. Jamais content en plus, hein !
Zed rumine en silence et se lève avec difficulté pour à nouveau se mettre en ligne et suivre l’équipe maintenant au complet. En se redressant, il glisse quelques mots à l’oreille de Guénolé.
_ Au lieu de te foutre de moi, tu n’aurais pas plutôt une idée pour fausser compagnie à ces bouffeurs d’argile ?
_ Désolé, pour le moment, je suis curieux de voir de plus près le pays des Renoueurs. Et puis, un peu de distraction nous fera le plus grand bien, non?
La première journée de marche se déroule sans anicroche. Ils ont tous la mine sombre et, ne s’adressent que très peu la parole. Le deuxième et le troisième jour, les hommes reprennent contact avec la réalité et cherchent à nouveau à échanger quelques mots. Mais ils se posent tous la même question. Ils savent qu’ils devront répondre aux interrogatoires de leurs supérieurs. Que leur dire ? Comment expliquer aux Pères le désastre de cette sortie qui devait être initiatrice et se révèle destructrice ? Au dixième jour et, malgré la lassitude d’un tel trajet, le groupe semblent ragaillardi devant la perspective de son retour chez lui. De toute façon, ils ne reviennent pas les mains vides, ils ont tout de même eu le dessus ! Enfin, c’est ce qu’ils ne cessent de se répéter pour trouver un peu de réconfort à leur situation si peu enviable. A part six ou sept hommes visiblement dans la force de l’âge, les autres sont de toute évidence, des adolescents. Les bras des prisonniers ont été libéré dès le deuxième jour. Sans doute une astuce pour les garder dans un état de relative bonne conservation. Se présenter avec trois prisonniers mal en point et la moitié des hommes en moins, ne serait pas vraiment du meilleur effet. A partir des deux tiers du trajet, devant la tranquillité et la bonne volonté des prisonniers, Foutriquet devient plus éloquent.
_ Dis moi petit, quel âge as-tu ? Questionne Guénolé d’un ton paternel.
_ Je vais bientôt avoir neuf ans. Fait Foutriquet en dansant d’un pied sur l’autre devant ce géant qu’il nourrit quotidiennement.
_ Neuf ans ?! Tu n’es pas un peu grand pour neuf ans ? S’étrangle Guénolé.
_ Je sais, je n’y peux rien , c’est comme ça.
_ Et les autres jeunes avec toi, quel âge ont-ils ?
_ Entre quatorze et seize ans.
_ C’est insensé ! Qu’est ce qu’une bande de jeunes moineaux comme vous faisait si loin de chez elle ? Tu ne vas tout de même pas me dire que c’est là toute la force militaire de la confrérie des Renoueurs !
_ Non, bien sûr. Notre équipe était conçue pour nous former. C’était notre première sortie en dehors du pays des Pères. Malheureusement, cela à mal tourné... Fait-il en regardant de biais son interlocuteur. Vous avez tué nos maîtres d’armes et une partie des apprentis, vous le savez bien.
_ Oui, je sais. Lorsque l’on en veut à ma vie, je me défend. Pas toi ? Sais-tu pourquoi vous nous avez attaqué ?
_ A cause du Mitatoué.
_ Comment cela ?
_ Pourquoi faites-vous semblant de ne pas comprendre !?
_ Expliques-toi plus clairement, veux-tu ?
_ Mais enfin, c’est évident, tout le monde sait que les Mitatoués sont des êtres dangereux. Ils nous manipulent. Se sont de vrais sorciers. Ils sont détestables. C’est à cause d’eux si notre peuple est obligé de se caché dans le désert rouge. C’est de leur faute. Pourquoi étiez-vous avec ce monstre ? Je ne comprends pas, vous semblez normal. Vous plaisantez malgré ce que nous vous faisons subir depuis dix jours. Vous parlez avec moi. Vous semblez presque humain. Alors pourquoi étiez-vous avec cette chose répugnante ?
Guénolé n’en revient pas. Goulven aurait donc pu se trouver entre les mains des Renoueurs, sans les avoir découvert avant, sans avoir atteint son objectif ! Il avait suffit d’une simple dispute entre lui et Zed pour qu’il trouve son chemin. Sans elle, pas de prémonition, pas d’avertissement, plus de rêve et la fin du mage, en pure perte. Il avait misé sur lui, sur Guénolé, depuis le début. Il savait que de toute façon, en ce qui le concernait, sa mort était au bout du chemin. Il s’était mis entièrement dans les mains d’une éventuelle possibilité pour atteindre son but. Aucune certitude, rien qui lui prouva une minute qu’il y arriverait. Et pourtant, il n’avait pas hésité à prendre ce risque. Il savait quoi faire, c’était son intime conviction, la mort pour lui dans les deux cas, une chance sur deux pour Alix et Guénolé, voilà dans quoi il s’était engagé.
Après une nuit difficile, les pieds imbriqués dans une gangue d’argile, les trois prisonniers ne savent plus comment se placer pour limiter les dégâts que leurs infligent les fourmis et les crampes qui parcourent leurs corps endoloris. Au moindre geste pour gratter cette terre glaise qui leur colle à la peau, et la chair éclate comme un fruit trop mûr. L’argile, une fois sèche, est tout aussi dangereuse qu’humide. Mais, pas tout à fait pour les mêmes raisons.
Les poignets, les chevilles et le cou à vif, cisaillés par la corde, le corps zébré par les coups de fouet, ils s’observent, la mine lugubre. Au petit matin, les hommes s’agitent, se lèvent, se préparent, un long parcours les attend. La vue des plaies de leurs prisonniers, est immédiatement suivi de ricanements malsains qui égaye tout le groupe. Seul, le gardien, le dénommé Foutriquet, semble inquiet. Il court en tous sens pour chercher de l’eau avant le départ, et débarrasser le trio de cet emplâtre plantaire, tout en nettoyant ce qui peut l‘être. En cas d’infection, il serait responsable, pas besoin d’ennuies supplémentaires, il a déjà son lot de corvées.
_ Vous deux, je peux à nouveau vous chausser, fait le garde en s’occupant de Zed et Alix. Mais vous, en s’adressant à Guénolé, je vous conseille de vous tenir tranquille, tout le groupe vous a à l’œil. De toute façon vous restez pieds nus, ordres du chef.
_ Comme c’est généreux de sa part. Tu n’oublieras pas de le remercier pour moi. N’oublies pas, surtout. Je ne voudrai pas qu’il s’inquiète un instant de mon état de santé !
_ Faites pas le malin... Répond Foutriquet, d’un ton inquiet.
_ Foutriquet, c’est bien ton nom ? Fait Guénolé, les yeux braqués sur l’autre, visiblement pressé d’en finir.
_ Oui.
_ Pourquoi t’appelle-t-on ainsi ? Ce n’est pas un nom ça ! S’enquiert Guénolé, tout en avalant son unique repas du jour que lui donne à la cuillère son gardien.
_ Mangez vite, on va bientôt repartir. Je serai vous, je parlerai moins et je prendrai des forces pour la marche d’aujourd’hui. Nous sommes loin d’être arrivée. Nous avons encore douze jours de trajet avant d’atteindre la maison.
_ La maison...? Reprend Guénolé.
_ C’est quoi ce truc ?! S’exclame Zed en crachant dans tous les sens, j’ai l’impression de bouffer de la terre !
_ Fais pas ton difficile, lui susurre Guénolé, c’est le régime spécial pour les hôtes d’importance. Tu n’apprécies donc pas la cuisine de tes amis ? Quelle outrecuidance, vraiment tu m’étonnes là.
_ Restez tranquille...! Continue Foutriquet, une lueur d’amusement dans le regard, malgré son angoisse latente. Dites-vous que c’est pour votre bien. Il enfourne avec force une nouvelle cuillérée dans la bouche de Zed, grimaçant. Notre cuisine est effectivement un peu particulière. Elle est surtout constituée à base d’argile. C’est souverain contre les diarrhées, ça vous requinque un homme en un rien de temps ! Le trio écarquille les yeux. Et oui, vous ne croyez tout de même pas qu’on va vous laisser vous vider sous nos yeux tout le long du chemin. Comme vous l’avez déjà constaté, l’argile est un excellent emplâtre externe, tout comme interne d‘ailleurs... Il s’éloigne.
_ Et pour nous empêcher de pisser, y’a rien de prévu ? S’étonne Zed.
_ Tout est méticuleusement étudié, les mains dans le dos, tout coule forcément le long des jambes et atterri sur nos pieds, ça aidera toujours à la cicatrisation de nos plaies. Affirme Guénolé d’un ton savant. Chez les Renoueurs, rien ne se perd.
_ Parles pour toi, tu es pieds nus. Moi, je vais saigner et suinter dans la peau de mes godasses !
_ Voilà ce que c’est quand on est un privilégié. Jamais content en plus, hein !
Zed rumine en silence et se lève avec difficulté pour à nouveau se mettre en ligne et suivre l’équipe maintenant au complet. En se redressant, il glisse quelques mots à l’oreille de Guénolé.
_ Au lieu de te foutre de moi, tu n’aurais pas plutôt une idée pour fausser compagnie à ces bouffeurs d’argile ?
_ Désolé, pour le moment, je suis curieux de voir de plus près le pays des Renoueurs. Et puis, un peu de distraction nous fera le plus grand bien, non?
La première journée de marche se déroule sans anicroche. Ils ont tous la mine sombre et, ne s’adressent que très peu la parole. Le deuxième et le troisième jour, les hommes reprennent contact avec la réalité et cherchent à nouveau à échanger quelques mots. Mais ils se posent tous la même question. Ils savent qu’ils devront répondre aux interrogatoires de leurs supérieurs. Que leur dire ? Comment expliquer aux Pères le désastre de cette sortie qui devait être initiatrice et se révèle destructrice ? Au dixième jour et, malgré la lassitude d’un tel trajet, le groupe semblent ragaillardi devant la perspective de son retour chez lui. De toute façon, ils ne reviennent pas les mains vides, ils ont tout de même eu le dessus ! Enfin, c’est ce qu’ils ne cessent de se répéter pour trouver un peu de réconfort à leur situation si peu enviable. A part six ou sept hommes visiblement dans la force de l’âge, les autres sont de toute évidence, des adolescents. Les bras des prisonniers ont été libéré dès le deuxième jour. Sans doute une astuce pour les garder dans un état de relative bonne conservation. Se présenter avec trois prisonniers mal en point et la moitié des hommes en moins, ne serait pas vraiment du meilleur effet. A partir des deux tiers du trajet, devant la tranquillité et la bonne volonté des prisonniers, Foutriquet devient plus éloquent.
_ Dis moi petit, quel âge as-tu ? Questionne Guénolé d’un ton paternel.
_ Je vais bientôt avoir neuf ans. Fait Foutriquet en dansant d’un pied sur l’autre devant ce géant qu’il nourrit quotidiennement.
_ Neuf ans ?! Tu n’es pas un peu grand pour neuf ans ? S’étrangle Guénolé.
_ Je sais, je n’y peux rien , c’est comme ça.
_ Et les autres jeunes avec toi, quel âge ont-ils ?
_ Entre quatorze et seize ans.
_ C’est insensé ! Qu’est ce qu’une bande de jeunes moineaux comme vous faisait si loin de chez elle ? Tu ne vas tout de même pas me dire que c’est là toute la force militaire de la confrérie des Renoueurs !
_ Non, bien sûr. Notre équipe était conçue pour nous former. C’était notre première sortie en dehors du pays des Pères. Malheureusement, cela à mal tourné... Fait-il en regardant de biais son interlocuteur. Vous avez tué nos maîtres d’armes et une partie des apprentis, vous le savez bien.
_ Oui, je sais. Lorsque l’on en veut à ma vie, je me défend. Pas toi ? Sais-tu pourquoi vous nous avez attaqué ?
_ A cause du Mitatoué.
_ Comment cela ?
_ Pourquoi faites-vous semblant de ne pas comprendre !?
_ Expliques-toi plus clairement, veux-tu ?
_ Mais enfin, c’est évident, tout le monde sait que les Mitatoués sont des êtres dangereux. Ils nous manipulent. Se sont de vrais sorciers. Ils sont détestables. C’est à cause d’eux si notre peuple est obligé de se caché dans le désert rouge. C’est de leur faute. Pourquoi étiez-vous avec ce monstre ? Je ne comprends pas, vous semblez normal. Vous plaisantez malgré ce que nous vous faisons subir depuis dix jours. Vous parlez avec moi. Vous semblez presque humain. Alors pourquoi étiez-vous avec cette chose répugnante ?
par Claire Ogie
publié dans :
Mangeurs de maux. (9)
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L'écriture dans tous ses états
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