Dimanche 7 octobre 2007
_ Chose répugnante ? Mais, il s’agissait d’un homme !
_ Pas d’un homme, d’un Mitatoué !
_ Tu penses donc que ce Mitatoué était responsable de la vie que tu mènes, ainsi que de celle des tiens ?
_ Ce Mitatoué et tous les autres. Comment ! Vous ne savez donc pas qu’ils détiennent des pouvoirs ? Ils peuvent des choses contre nous. Ils nous mettent constamment en danger...
_ Mais, de quel danger parles-tu ? Donnes-moi un exemple !
_ Je ne sais pas. Ils nous mettent en danger, c’est tout. Il faut absolument les éliminer. Ce sont des fous dangereux !!!
Guénolé est abasourdi. Il continue à manger sa bouillie d’argile agrémentée de petits morceaux de viande et de fécule de manioc, tout en observant le jeune garçon.
_ Foutriquet, ce n’est pas ton vrai nom, n’est ce pas ? Reprend-il.
_ Non. Les Pères ont décidé que j’étais fait pour une autre vie que celle de mes parents. Alors, je suis devenu un militaire. Mais d’après mon chef, je suis encore trop jeune. C’est pour cela qu’il m’appelle Foutriquet. Il me dit tout le temps qu’il me redonnera mon prénom le jour où j’aurai du poil au menton. Fait-il la mine déconfite. En fait, je m’appelle Aleyde. Je suis le fils de Juste et Oriane Charpentier, du village des six champs, au pays des Pères.
_ Il y a longtemps que tu fais parti de l’armée ? Demande Alix à l’écoute de la conversation.
_ Depuis la fin de l’été dernier.
_ Et avant, que faisais-tu ? Reprend Guénolé.
_ Rien... Je ne faisais rien... Prononce difficilement Aleyde-Foutriquet. Je vivais avec ma famille, c’est tout... Mais, maintenant je connais la vie ! S’empresse-t-il d‘ajouter. L’armée est ma nouvelle famille. Et je veux contribuer à la protection des miens, de ceux qui sont restés au pays.
Après leur petit entretien, le matin du dixième jour, ils se trouvaient au pied de la chaîne de montagnes. Où plus exactement, à l’entrée d’une profonde caverne cachée derrière un amas de roches et d’arbustes entremêlés. Là, semblait se situer l’unique passage pour atteindre ce qui était connu de tous sous le nom de désert rouge. Il s’agissait en fait, pour ceux de l’extérieur, du repère des Renoueurs et, pour ses habitants, du pays des Pères. Ils avaient pu voir, depuis plusieurs jours, le sommet des montagnes se dessiner, puis percer le ciel de leurs détonantes couleurs: un fond de bleu délavé crevé d’ocre rouge parsemé de rares touches vertes. A partir de là, le monde changeait, ils le savaient tous et le vivaient de façon très disparate.
_ Distraction ! Il veut qu’on le distrait, et bien, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est servit ! Grommelle Zed. Après l’étude des limaces dans leur environnement naturel, nous avons eu droit à une jolie randonnée pédestre agrémentée de l’accueil chaleureux des autochtones. Nous avons eu l’immense honneur de déguster les plats typiques de la région, tout en nous faisant soigner par de hauts spécialistes en matière de médecine. Et maintenant, pour couronner le tout, nous voilà à visiter les cavernes des Renoueurs. Mais, ceci est pour notre plus grande chance, car ce lieu, sachez-le, est secret. Et, quiconque s’y risquera peut au moins être certain d’une chose, il n’en sortira plus jamais !
_ Que d’amertume, de rancœur, de pessimisme dans ta bouche... Pourquoi tant de colère ? Nous sommes tous ensemble, c’est bien ce que tu voulais, non ? Tu tenais absolument à rester avec nous, à ne pas nous quitter. Et bien voilà ! Tu es exaucé. Réplique Guénolé en suivant Zed sous le long tunnel qui s’offre à leurs yeux.
Des grottes, des cavernes, ils en connaissaient. Mais des comme celle-là, peu pouvaient se vanter d’en avoir vu. Des galeries d’environ trois mètres de circonférence pour les plus grandes et d’un tiers de moins pour les plus petites. Des galeries creusées dans la roche à coups de pioches. Combien de vies sacrifiées pour un tel travail ? Combien d’années, de siècles pour l’élaboration et la construction d’un tel projet ? Plusieurs entrées, plusieurs croisements, un vrai labyrinthe au cœur même de la montagne. Des torches allumées éclairant des couloirs sombres et profonds semblant ne jamais vouloir se terminer. Des trous béants donnant sur nulle part, des voies sans issus, des pièges à toute orientation, des défis à l’imagination et à la raison. Voilà ce qu’était, pour les non-initiés, les cavernes qui donnaient sur l’entrée du pays des Pères.
Leur lente progression dans ces couloirs à la lueur tremblotante rendait plus pénible leur cheminement. Une forte odeur nauséabonde emplissait les tunnels et provoquait des maux de tête et des nausées à tout nouvel arrivant. Les hommes des Pères ne semblaient pas le moins du monde affligés, ni embarrassés. Ils ne laissaient pas paraître la moindre remarque concernant cette brutale agression olfactive. Au contraire, ils arrivaient, ils étaient à deux pas de chez eux. Cette odeur était pour eux le signe du retour. Le symbole, le symptôme obligé et rassurant, le juste retour des choses, la maison, la marque du passage gravée dans leurs sens, l’empreinte laissée au plus profond d’eux pour qu’ils se sachent enfin arrivés. Pour les autres, les prisonniers, leurs impressions étaient tout autre. Des galeries entières étaient conçu pour l’acheminement de chariots emplis d’excréments. Les Renoueurs avaient pour habitude de récupérer la moindre déjection de leurs animaux. Les chevaux portaient des seaux accrochés à leur croupe pour ensuite utiliser le crottin dans leurs champs. Tout, dans ce pays, était récupéré pour subir la transformation indispensable à la survit de la population. Le tas de compost, un amalgame de déchets savamment mélangés et décomposés, fournissait l’élément principal à l’enrichissement de la terre du désert rouge. L’eau, étant bien sûr l’autre élément primordial. Du fond de la montagne, un bruit continuel se faisait entendre. C’était le mouvement d’une source souterraine se jetant dans des canaux d’irrigations.
C’est après deux jours et demi de pérégrination dans des tunnels qu’ils virent enfin la lumière du jour et, sentirent à nouveau les rayons du soleil les réchauffer.
_ Pas d’un homme, d’un Mitatoué !
_ Tu penses donc que ce Mitatoué était responsable de la vie que tu mènes, ainsi que de celle des tiens ?
_ Ce Mitatoué et tous les autres. Comment ! Vous ne savez donc pas qu’ils détiennent des pouvoirs ? Ils peuvent des choses contre nous. Ils nous mettent constamment en danger...
_ Mais, de quel danger parles-tu ? Donnes-moi un exemple !
_ Je ne sais pas. Ils nous mettent en danger, c’est tout. Il faut absolument les éliminer. Ce sont des fous dangereux !!!
Guénolé est abasourdi. Il continue à manger sa bouillie d’argile agrémentée de petits morceaux de viande et de fécule de manioc, tout en observant le jeune garçon.
_ Foutriquet, ce n’est pas ton vrai nom, n’est ce pas ? Reprend-il.
_ Non. Les Pères ont décidé que j’étais fait pour une autre vie que celle de mes parents. Alors, je suis devenu un militaire. Mais d’après mon chef, je suis encore trop jeune. C’est pour cela qu’il m’appelle Foutriquet. Il me dit tout le temps qu’il me redonnera mon prénom le jour où j’aurai du poil au menton. Fait-il la mine déconfite. En fait, je m’appelle Aleyde. Je suis le fils de Juste et Oriane Charpentier, du village des six champs, au pays des Pères.
_ Il y a longtemps que tu fais parti de l’armée ? Demande Alix à l’écoute de la conversation.
_ Depuis la fin de l’été dernier.
_ Et avant, que faisais-tu ? Reprend Guénolé.
_ Rien... Je ne faisais rien... Prononce difficilement Aleyde-Foutriquet. Je vivais avec ma famille, c’est tout... Mais, maintenant je connais la vie ! S’empresse-t-il d‘ajouter. L’armée est ma nouvelle famille. Et je veux contribuer à la protection des miens, de ceux qui sont restés au pays.
Après leur petit entretien, le matin du dixième jour, ils se trouvaient au pied de la chaîne de montagnes. Où plus exactement, à l’entrée d’une profonde caverne cachée derrière un amas de roches et d’arbustes entremêlés. Là, semblait se situer l’unique passage pour atteindre ce qui était connu de tous sous le nom de désert rouge. Il s’agissait en fait, pour ceux de l’extérieur, du repère des Renoueurs et, pour ses habitants, du pays des Pères. Ils avaient pu voir, depuis plusieurs jours, le sommet des montagnes se dessiner, puis percer le ciel de leurs détonantes couleurs: un fond de bleu délavé crevé d’ocre rouge parsemé de rares touches vertes. A partir de là, le monde changeait, ils le savaient tous et le vivaient de façon très disparate.
_ Distraction ! Il veut qu’on le distrait, et bien, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est servit ! Grommelle Zed. Après l’étude des limaces dans leur environnement naturel, nous avons eu droit à une jolie randonnée pédestre agrémentée de l’accueil chaleureux des autochtones. Nous avons eu l’immense honneur de déguster les plats typiques de la région, tout en nous faisant soigner par de hauts spécialistes en matière de médecine. Et maintenant, pour couronner le tout, nous voilà à visiter les cavernes des Renoueurs. Mais, ceci est pour notre plus grande chance, car ce lieu, sachez-le, est secret. Et, quiconque s’y risquera peut au moins être certain d’une chose, il n’en sortira plus jamais !
_ Que d’amertume, de rancœur, de pessimisme dans ta bouche... Pourquoi tant de colère ? Nous sommes tous ensemble, c’est bien ce que tu voulais, non ? Tu tenais absolument à rester avec nous, à ne pas nous quitter. Et bien voilà ! Tu es exaucé. Réplique Guénolé en suivant Zed sous le long tunnel qui s’offre à leurs yeux.
Des grottes, des cavernes, ils en connaissaient. Mais des comme celle-là, peu pouvaient se vanter d’en avoir vu. Des galeries d’environ trois mètres de circonférence pour les plus grandes et d’un tiers de moins pour les plus petites. Des galeries creusées dans la roche à coups de pioches. Combien de vies sacrifiées pour un tel travail ? Combien d’années, de siècles pour l’élaboration et la construction d’un tel projet ? Plusieurs entrées, plusieurs croisements, un vrai labyrinthe au cœur même de la montagne. Des torches allumées éclairant des couloirs sombres et profonds semblant ne jamais vouloir se terminer. Des trous béants donnant sur nulle part, des voies sans issus, des pièges à toute orientation, des défis à l’imagination et à la raison. Voilà ce qu’était, pour les non-initiés, les cavernes qui donnaient sur l’entrée du pays des Pères.
Leur lente progression dans ces couloirs à la lueur tremblotante rendait plus pénible leur cheminement. Une forte odeur nauséabonde emplissait les tunnels et provoquait des maux de tête et des nausées à tout nouvel arrivant. Les hommes des Pères ne semblaient pas le moins du monde affligés, ni embarrassés. Ils ne laissaient pas paraître la moindre remarque concernant cette brutale agression olfactive. Au contraire, ils arrivaient, ils étaient à deux pas de chez eux. Cette odeur était pour eux le signe du retour. Le symbole, le symptôme obligé et rassurant, le juste retour des choses, la maison, la marque du passage gravée dans leurs sens, l’empreinte laissée au plus profond d’eux pour qu’ils se sachent enfin arrivés. Pour les autres, les prisonniers, leurs impressions étaient tout autre. Des galeries entières étaient conçu pour l’acheminement de chariots emplis d’excréments. Les Renoueurs avaient pour habitude de récupérer la moindre déjection de leurs animaux. Les chevaux portaient des seaux accrochés à leur croupe pour ensuite utiliser le crottin dans leurs champs. Tout, dans ce pays, était récupéré pour subir la transformation indispensable à la survit de la population. Le tas de compost, un amalgame de déchets savamment mélangés et décomposés, fournissait l’élément principal à l’enrichissement de la terre du désert rouge. L’eau, étant bien sûr l’autre élément primordial. Du fond de la montagne, un bruit continuel se faisait entendre. C’était le mouvement d’une source souterraine se jetant dans des canaux d’irrigations.
C’est après deux jours et demi de pérégrination dans des tunnels qu’ils virent enfin la lumière du jour et, sentirent à nouveau les rayons du soleil les réchauffer.
par Claire Ogie
publié dans :
Mangeurs de maux. (10)
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L'écriture dans tous ses états
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