Le garçon s’approcha de Courtevue dont les yeux roulaient de terreur au fond de leurs orbites décolorées. Il se pencha.
- Tu as peur, hein ? Tu as peur de nous. Tu nous empoisonnes. Tu veux tout régenter, même l’amour, même les enfants ; surtout les enfants ! l’éducation ; le commerce ; tout ! Et bien regarde un peu ce que je fais de tes décrets !
Joignant le geste à la parole, Anselme ouvrit la porte-fenêtre et les volets de la pièce puis avec Sofia ils poussèrent le bureau juste devant le balcon, en pleine lumière.
- Viens ma chérie, c’est notre lieu de travail à présent, viens nous allons lui montrer à ce Furtif ce que veut dire le mot vivre, ce que signifie le mot en vie. Nous allons leur faire voir à tous ces Emmanchés ce que peut-être la vie quand on sait la savourer. Viens mon amour, j’ai tellement envie de toi, là, ici, sur ce bureau, sur celui qui a vu tous ces contrats signés sur le dos de nos existences, contre nos espérances, en s’accaparant nos jours, en se croyant maîtres de nos destinées.
Il se tourna vers son amie et d’un geste lui souleva la robe. Elle ne broncha pas. C’était prévu ; c’était la bonne période ; ils en avaient fait une sorte de serment. Puis s’adressant à l’autre :
- Regarde bien. Nous allons faire l’amour devant toi. Incroyable, non ? Nous allons faire un enfant. Un enfant ! Tu entends, face de rat ? UN ENFANT. Car tu n’en veux pas de nos enfants. Tu prends les plus belles des nôtres et tu les engrosses avec tes frères, tes cousins, tes… que sais-je encore ! Ceux là sont aussi laids que toi. Mais tu veux la Race. TA RACE !
Puis il leva sa propre robe et planta efficacement son membre tendue dans le sexe moite que son amie lui offrait en souriant d’aise. L’autre s’étouffait.
En quelques minutes, ce fut fait. Ils riaient comme deux enfants jouant.
- Celui là, ce ne sera pas un Courtevue, crois-moi !
Tout ceci comme un symbole ; comme une prise de marques ; comme les marques de leur toute nouvelle liberté. Belle promesse !
« La source de la vie est ici, sans tout ce fluide nous ne sommes rien. La vie reprend ses droits, l’eau remonte à la surface, que rien ne l’altère plus jamais. » C’est ce qu’ils pensaient alors, c’est ce qu’ils criaient sans bruit dans leurs ébats, c’est ce qui les faisaient tenir.
Le foulard rouge flottait à la balustrade du balcon, les habitants s’approchaient ; tout se mettait enfin en place… La Révolution était là. Elle soufflait son haleine brûlante et revivifiante au creux des narines frémissantes de tout ceux qui attendaient ce jour béni pour recommencer à sourire. Elle mettrait sans doute de l'ordre à tout ce gâchis.
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