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"Tu enseignes le mieux ce que tu as le plus besoin d'apprendre." Richard Bach.




Echange dépendance solitaire contre amour autonome.
(Extrait de
Parcours d'autonomie (lien article))




Dès 1954, Hannah Arendt estime l'autorité condamnée dans les démocraties modernes, où les citoyens sont égaux.

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Lundi 3 mars 2008

Le garçon s’approcha de Courtevue dont les yeux roulaient de terreur au fond de leurs orbites décolorées. Il se pencha.

- Tu as peur, hein ? Tu as peur de nous. Tu nous empoisonnes. Tu veux tout régenter, même l’amour, même les enfants ; surtout les enfants ! l’éducation ; le commerce ; tout ! Et bien regarde un peu ce que je fais de tes décrets !

Joignant le geste à la parole, Anselme ouvrit la porte-fenêtre et les volets de la pièce puis avec Sofia ils poussèrent le bureau juste devant le balcon, en pleine lumière.

- Viens ma chérie, c’est notre lieu de travail à présent, viens nous allons lui montrer à ce Furtif ce que veut dire le mot vivre, ce que signifie le mot en vie. Nous allons leur faire voir à tous ces Emmanchés ce que peut-être la vie quand on sait la savourer. Viens mon amour, j’ai tellement envie de toi, là, ici, sur ce bureau, sur celui qui a vu tous ces contrats signés sur le dos de nos existences, contre nos espérances, en s’accaparant nos jours, en se croyant maîtres de nos destinées.

Il se tourna vers son amie et d’un geste lui souleva la robe. Elle ne broncha pas. C’était prévu ; c’était la bonne période ; ils en avaient fait une sorte de serment. Puis s’adressant à l’autre :

- Regarde bien. Nous allons faire l’amour devant toi. Incroyable, non ? Nous allons faire un enfant. Un enfant ! Tu entends, face de rat ? UN ENFANT. Car tu n’en veux pas de nos enfants. Tu prends les plus belles des nôtres et tu les engrosses avec tes frères, tes cousins, tes… que sais-je encore ! Ceux là sont aussi laids que toi. Mais tu veux la Race. TA RACE !

Puis il leva sa propre robe et planta efficacement son membre tendue dans le sexe moite que son amie lui offrait en souriant d’aise. L’autre s’étouffait.

En quelques minutes, ce fut fait. Ils riaient comme deux enfants jouant.

- Celui là, ce ne sera pas un Courtevue, crois-moi !

Tout ceci comme un symbole ; comme une prise de marques ; comme les marques de leur toute nouvelle liberté. Belle promesse !

 

« La source de la vie est ici, sans tout ce fluide nous ne sommes rien. La vie reprend ses droits, l’eau remonte à la surface, que rien ne l’altère plus jamais. » C’est ce qu’ils pensaient alors, c’est ce qu’ils criaient sans bruit dans leurs ébats, c’est ce qui les faisaient tenir.

 

Le foulard rouge flottait à la balustrade du balcon, les habitants s’approchaient ; tout se mettait enfin en place… La Révolution était là. Elle soufflait son haleine brûlante et revivifiante au creux des narines frémissantes de tout ceux  qui attendaient ce jour béni pour recommencer à sourire. Elle mettrait sans doute de l'ordre à tout ce gâchis.

 

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par Claire Ogie & Yann Sayr publié dans : Ecriture en duo : Du rififi à Boulêmignon communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 2 mars 2008

Leur temps était compté. Ils le savaient.

Sofia était en nage. Sa longue robe de taffetas grise, plus discrète dans l’ombre de la nuit, était intégralement trempée et se plaquait sans cesse contre sa peau humide. Elle était nue dessous. La chaleur lui donnait des irritations à la moindre pression de ses sous-vêtements. Elle les avait abandonnés dès les premiers jours de la canicule. D’ailleurs, même les hommes avaient optés pour les mêmes longues robes que leurs ancêtres portaient il y a des siècles.  

- Tiens, bois ! fit Anselme en constatant sa pâleur inquiétante.

Elle s’exclama aussitôt :

- Oh oui ! Donne ! J’ai si soif.

- Ici, tu peux y aller. Leur source ne risque pas de tarir, c’est la plus profondément enfouie de tout le Pays de Ferropié. On entend même l’eau clapoter quand tout est calme.

La jeune fille avala coup sur coup plusieurs verres de cette belle eau fraîche.

- Mais pourquoi sont-ils si terribles avec nous ? Qu’avons-nous fait pour qu’ils nous laissent ainsi entendre cette eau la nuit sans pouvoir s’y abreuver ?

Le jeune homme but à son tour et ne prit pas la peine de répondre. Il savait bien, lui, - elle aussi, d’ailleurs !  ce que ceux-là voulaient. Ils se tournèrent alors vers la forme affalée, inerte.

- Il pourrait te le dire !

- S’il pouvait parler ! fit Sofia en riant.

- Oui, mais comme il est, il aura bien du mal. C’est qu’il serait encore capable d’appeler à l’aide, le ver !

Une fois enfin désaltérés, Anselme et Sofia n’avaient plus qu’à surveiller celui qui en temps normal surveillait les autres, ou plus exactement celui qui faisait surveiller les autres.

Avec eux, d’autres groupes avaient investies les différentes parties de la demeure et ce, avant le retour prévu des gardes et la remise en route du système de défense habituel. Sans l’aide du fidèle conseiller de sa seigneurie, rien n’aurait été possible. Ils n’avaient pas droit à l’erreur, tout devait être rapidement réglé. Leurs complices du dehors devaient les rejoindre au signal convenu, un foulard rouge accroché sur la balustrade du balcon où ils se trouvaient, le balcon du premier étage, celui du bureau de Furtif Courtevue.

Et si le fidèle conseiller était maintenant dans leur camp, il était fort probable qu’il retournerait encore plus vite sa veste une fois le pouvoir en place démis. Ils avaient donc fort à faire.



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Du rififi à Boulêmignon (3)

par Claire Ogie & Yann Sayr publié dans : Ecriture en duo : Du rififi à Boulêmignon communauté : Vive le désordre !
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Samedi 1 mars 2008

Non loin de là, pendant que sa seigneurie Courtevue dormait au beau milieu de son bureau, se tenait deux ombres tapies derrière les volets fermés de la pièce. Volets qui tentaient tant bien que mal de garder un peu de fraîcheur dans ce four qu'était devenu l'immense bâtisse. Les ombres se glissèrent rapidement jusqu'à la petite pièce d'à côté, dont le contre vent n'était pas en place, et passèrent par la fenêtre laissée entrebâillée comme prévue initialement. Il n'y avait pas que l'appareil chargé de gérer la température qui était en panne, tout le système habituel de sécurisation avait été mis hors service. Tout se passait à merveille, rien ne se mettait en travers de leur chemin, c'était inespéré. La journée était idéale, peu de gardes étaient présents ce jour-là, occupés qu'ils étaient à surveiller de près la citerne d'eau des Courtevue. Si la population crevait de faim et de soif, une chose était certaine, la grande famille des Emmanchés, elle, ne manquait de rien.
Leurs pas les menèrent rapidement jusqu'au bureau avec son seul occupant, bien trop occupé à ronfler pour s'apercevoir de quoi que ce soit et risquer de donner l'alarme. Anselme et Sopfia, deux jeunes habitants de Boulêmignon entendaient bien mener leur tâche sans encombre, tout semblait être de leur côté, ce bouffi se moquait de la population, la population allait lui faire savoir sa façon de penser.
Ils commencèrent par bâillonner le potentat surpris en plein sommeil, et s'acharnèrent à le ficeler rapidement pour l'extirper de son fauteuil sans lequel il n'était plus qu'une vulgaire limace. Cela ne se passa pas sans mal, le fauteuil épousant les moindres parcelles de son corps et étant doté de sécurités indépendantes faites pour avertir les gardes en cas de défaillance technique. Ils faillirent se faire surprendre à plusieurs reprises, le beau diable s'évertuant à leur compliquer la vie en s'agitant dans tous les sens. Grosse larve flasque engluée dans son fauteuil, vagissant presque comme un nouveau né le jour de sa naissance une fois enfin extirpé de sa matrice.
Ils se prirent par la main, se sourirent en reprenant leur souffle et s’embrassèrent goulûment, fiers de cette nouvelle vie à laquelle ils participaient activement.



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Du Rififi à Boulêmignon (2)

par Claire Ogie & Yann Sayr publié dans : Ecriture en duo : Du rififi à Boulêmignon communauté : Etre pour les autres.
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Vendredi 29 février 2008

- Que dis le peuple, mon bon ami ?
Furtif Courtevue était affalé sur l'un de ses fameux fauteuils à mouvement magnétique qui épousait continuellement les mouvements de l'homme. En fait, il ne cherchait même plus à changer de position, c'était le fauteuil, dont une forme d'intelligence avait été créé pour ce geste, qui s'en chargeait.
L'homme était obèse, indolent, amorphe, et une continuelle petite rigole de sueur lui dessinait une drôle de marque plus pâle sur la joue.
- Je m'inquiète, sire. Cela gronde dans les chaumières.
Furtif Courtevue eut un geste de dédain qui épouvanta l'homme de main qui se tenait roide devant son maître. La chaleur était excessive. Le temps risquait de ne guère s'améliorer avant au moins deux mois. Les pauvres mourraient comme des mouches de déshydratation. Les bébés ne vivaient que très difficilement.
- Distribuez de l'eau !
- Les citernes sont vides.
- Remplissez-les ! s'exclama l'homme agacé.
- Sire, il n'a pas plu depuis des lustres. le temps se détraque. Tout va mal. Il faudrait...
Le bouffi graisseux affalé sur son fauteuil vivant émit un grognement de ventre extrêmement déplaisant qui marqua la fin de l'entretien. C'était le signe. Il ne fallait plus insister. Courtevue en avait fait écarteler pour moins que ça.
- Bien, Sire. Je ferai selon votre désir.
Furtif Courtevue détourna le regard tandis que l’homme se retirait en reculant, l’expression empreinte d’une extrême déférence. Il se saisit vivement d’un gobelet de verre contenant de l’eau réfrigérée toujours à sa disposition et l’avala à grande vitesse. Puis, vaincu par la lourde moiteur de l’atmosphère de la pièce, il s’assoupit.
L’appareil qui gérait les écarts de températures était en panne.


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Samedi 23 février 2008

    C’est au pays de Ferropié que tout avait commencé, plus exactement, dans la bourgade de Boulêmignon, au sein de la fastueuse demeure appartenant à la famille Courtevue. La famille Courtevue était installée là depuis six générations, ce qui, reconnaissez-le, était un exploit.

    A cette époque, rares étaient ceux de cette bourgade, que dis-je, de cette région, qui pouvaient se targuer d’avoir une si belle longévité. Six générations, ce n’était pas rien !

    Le secret de cette longévité était en fait très simple. Les Courtevue faisaient partie de la congrégation des Emmanchés. Congrégation qui devait justement sa création au premier des Courtevue, Gérarmond de son prénom, l’arrière-arrière-arrière grand-père de l’actuel résident, le dénommé Furtif.

    La congrégation des Emmanchés avait donc été créée pour affermir la situation des paysans, des ouvriers de Boulêmignon. Gérarmond Courtevue estimait qu’il était de son devoir de soulager les conditions de travail et de vie de ses contemporains. Son amour de la condition humaine l’avait mené là tout naturellement. La congrégation gérait donc tout. Plus de soucis pour les petites gens. Rendez-vous compte, on les avait soulagé de toute décision à prendre ! C’était un fardeau de moins sur leurs frêles épaules. Les membres de la  congrégation se congratulaient d'avoir soulagé d’un si grand poids leurs compatriotes.

    Les conseils, la sécurité, le travail, les commandes, les directives, tout venait des Emmanchés.



Note : Il se trouve que ce texte était déjà en ligne sur ce blog le 03/08/2007 et qu'il attendait une suite. Suite qui existe maintenant et qui a été faite en compagnie de mon compagnon d'écriture depuis plusieurs mois, Yann Sayr. Mais la question que je me pose est celle-ci, de quel côté, sur quel blog vais-je mettre cette histoire ? Sur Des sens ou ici ?
Le temps pour moi de me décider, je vous donne déjà, et à nouveau, le début de cette courte nouvelle.



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par Claire Ogie & Yann Sayr publié dans : Ecriture en duo : Du rififi à Boulêmignon communauté : BALOURDISES
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